Les revolvers Lefaucheux
LES ACHATS DE L'ARMEE DE L'UNION
Bien qu'au courant des essais et de l'adoption de l'arme par l'armée française, et malgré tous les rapports favorables, le US Ordnance Department ne commença à s'intéresser à l'arme qu'en mai 1857. Après une série de tests, le revolver Lefaucheux fut jugé excellent et proposé comme arme de poing pour la cavalerie. Il était également commercialement soutenu par la firme Sharps; cependant, le chauvinisme américain fit que les gros contrats furent signés avec les producteurs américains tels que Colt, Remington et Starr qui en étaient toujours au vieux système à percussion. Il fallut attendre la chute de Fort Sumter en 1861 pour que le Lefaucheux devienne enfin une arme militaire appréciée.
Juste avant le début des hostilités, Eugène Lefaucheux avait obtenu un brevet aux USA, sous le n° 31809, tant pour un fusil que pour son fameux revolver.
Ensuite, entre septembre 1861 et mars 1862, l'armée de l'Union acheta au total 11.833 Modèle 1854, dont 10.000 furent livrés par Lefaucheux en direct, 1500 par Alexandre Godillot (Paris et Liège), et 333 par 6 autres transitaires américains. TOUS ces revolvers ont été fabriqués par Eugène Lefaucheux et portent des numéros de série allant du 25067 au 36900. Ils ont tous été distribués aux troupes et ont servi pendant le conflit. Le revolver des photos 4 à 6 porte le n° de série 34059 et est un de ceux-là. L'armée de l'Union acheta également 1.815.680 cartouches de calibre 12 mm à broche, dont environ 10 % furent fabriquées sur place par C.D. Leet & Co. (cette société est mieux connue de par son association avec Gallager).
LES ACHATS DE L'ARMEE CONFEDEREE
On sait que le capitaine Caleb Huse, alors âgé de 31 ans, se trouvait à Londres et avait pleins pouvoirs pour acheter le plus possible d'armes pour le compte de la Confédération. On sait également que son plus gros fournisseur était la London Armoury Co, qui fournit à elle seule 80.000 fusils Enfield et 9.000 revolvers Kerr à percussion.
Il est également établi que Huse acheta par le biais de cette société nombre de revolvers à broche du modèle 1854, et que par ailleurs la London Armoury en avait déjà vendu aux Etats-Unis avant la guerre de Sécession, et même pendant celle-ci via son agence sur place.
Les archives CSA sont très fragmentaires, mais permettent néanmoins d'estimer à 250.000 le nombre approximatif d'armes de poing de différents types importées par la Confédération durant les années de guerre. Ces armes venaient d'Angleterre, de France et de Belgique pour la plupart. On ignore le nombre exact de revolvers Lefaucheux 1854 utilisés par les soldats confédérés, mais les daguerréotypes qui ont survécu prouvent que ce revolver a été largement utilisé. D'autre part, les Confédérés éprouvant de grosses difficultés à se procurer des armes et munitions, se sont rabattus sur tous les types de revolvers à broche qu'ils pouvaient se procurer, qu'ils soient en 12 ou en 9 mm, et même en 7 mm faute de mieux.
Au cours de la guerre, le blocus nordiste devenant de plus en plus efficace, les Confédérés durent avoir recours à des transports fractionnés et transitant par les Bermudes et autres destinations, sous des appellations diverses masquant la nature exacte des marchandises transportées. Il est même établi que les Confédérés achetaient des armes à New-York chez des sympathisants sudistes comme Schuyler ou Hartley & Graham, et que ces armes étaient passées en fraude à travers les lignes de l'Union.
Sans archives détaillées, il est très difficile d'estimer le nombre de revolvers Lefaucheux 1854 importés et utilisés par les troupes confédérées; mais différents auteurs, sur base des informations fragmentaires qui nous sont parvenues, s'accordent à en estimer le nombre entre 2.000 et 5.000, rien que de ce modèle.