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 LA GUERRE EN LOUISIANE

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MessageSujet: LA GUERRE EN LOUISIANE   Ven 31 Déc - 21:10

En Louisiane
par Christian Marbach

CHAPITRE XI
La Guerre de Sécession
Où l'auteur terminera logiquement ses voyages en Louisiane, et ailleurs, en abordant la question noire aux Etats-Unis. Il n'y a là que logique...chronologique : la fin de l'existence de Buisson et de Crozet coïncide pratiquement avec la guerre de Sécession, qui les interpella dans leurs convictions et leur attitude. Qu'ont pensé nos polytechniciens, enfants de la Liberté et des droits de l'homme, de la pire exploitation de l'homme par l'homme que connut pendant presque cent ans la moitié de la vertueuse démocratie américaine ?

La vie de Crozet se termine en 1864, en pleine guerre de Sécession, avant la défaite finale des Sudistes. Richmond, où il résidait, avait été choisie comme capitale de la Confédération des Etats du Sud dès 1861, dès le début des hostilités (qui marquera aussi, pour Crozet, la fin des travaux qu'il dirigeait encore malgré son grand âge dans le domaine des chemins de fer). Crozet a dû être le témoin atterré des conflits qui voyaient ses anciens élèves de West Point ou du V.M.I. s'affronter avec sauvagerie... et science !

Pour sa part, nous l'avons vu, Buisson a joué un rôle militaire plus actif, sinon couronné de succès, à la demande des autorités de Louisiane. Lui non plus n'a pas hésité à choisir le camp des Sudistes, ayant assez vécu à la Nouvelle-Orléans pour prendre à son compte toutes les préventions de ses habitants contre les Yankees. « Les Yankees, disait-il, j'en ferai de la chair à pâté ». On sait ce qu'il en fut : malgré son entrain encore réel, son activité dans le domaine de l'instruction des troupes comme de la consolidation des défenses de la ville, Buisson qui assumait cette responsabilité (celle de Jackson en 1815 !) ne connut pas sa réussite. Il faut dire que le général nordiste Farragut n'était pas le prétentieux général britannique Pakenham. Il évita de se perdre dans les champs et les marais, il amena sa flotte jusqu'à la ville et se saisit des lieux stratégiques sans difficultés : le 25 avril 1862, très tôt donc dans le déroulement des hostilités, le port de la Nouvelle-Orléans n'était plus aux mains de la Confédération.

Assez paradoxalement, celui de nos trois « franco-américains » qui joua le plus grand rôle dans cette guerre de Sécession fut celui qui, revenu en France en 1831, décédé en 1839, n'avait évidemment plus aucun titre à y combattre. Mais toutes les forteresses que Simon Bernard a soit décidées soit transformées, ont joué un rôle majeur et prouvé une rare efficacité. Dans sa thèse sur Bernard, Françoise Planchot-Mazel explique que la plupart des forts occupés par l'armée du Sud, dès la Sécession, ne se rendront pas pendant la guerre : ce n'est que le progrès majeur de l'artillerie, dont la puissance et la portée, en 1862, dépassent de beaucoup celles de 1830, qui permettront ensuite quelques prises par le Nord. « C'est donc dans une guerre civile, et non dans une guerre extérieure que le système Bernard a démontré son efficacité. Les historiens, tel le major général Cullum dans les années 1890, adepte du général Swift, et le major Burr, en 1906, ne sont sans doute pas conscients de l'ironie de leurs attaques contre Simon Bernard. D'après eux, si une guerre avait éclaté entre la France et les Etats-Unis, les Français auraient eu toutes les clés des défenses américaines (sous-entendu, Simon Bernard aurait sûrement communiqué les plans américains). En fait, ce ne sont pas les Français qui ont attaqué ces forts, ce sont des officiers américains qui avaient participé à leur construction, qui souvent en avaient dirigé les travaux, qui connaissaient toute la logique du système, qui se sont répartis en deux camps, s'affrontant souvent dans des combats sans fin, parce que, effectivement, quelle que soit la connaissance qu'ils en avaient, ces forts étaient imprenables ».

Mais ayant ainsi évoqué la carrière militaire de nos trois X pendant la guerre de Sécession (posthume pour l'un d'eux), il nous paraît essentiel de revenir sur leur attitude antérieure, et sur les motifs de leurs choix lors de cette guerre - plus fondamentalement, sur leur position face à l'esclavage.

Quand Buisson arrive à la Nouvelle-Orléans, en 1817, la Louisiane est un Etat peuplé à plus de 50% d'esclaves. Quand Bernard ou Crozet se déplacent pour leurs travaux d'infrastructure, ce sont aussi des esclaves qui effectuent des travaux dans tous les Etats du Sud. Buisson n'a vécu qu'en contrée esclavagiste. Crozet et Bernard ont pu, de leur côté, comparer les deux systèmes, comme le feront les voyageurs qui traversent tous les Etats-Unis, comme le feront Michel Chevalier ou Tocqueville ; ils pourront aussi vivre dans ce paradoxal système du passé qui combinait l'acceptation pour le présent et la crainte pour le futur, la soi-disant impossibilité de vivre, dans le Sud, sans ce système « économique », et la conscience aiguë qu'il connaîtrait, inéluctablement, une fin, certes parce que c'était « le sens de l'histoire », mais aussi de manière plus pragmatique parce que la coexistence de deux systèmes de société et de production aussi différents était, au sein d'une même nation, impossible. Et pourtant, Bernard écrit des lettres résignées, Crozet s'aligne sur les vues esclavagistes, et Buisson encore bien davantage, par loyauté envers sa communauté d'accueil ou par étroitesse d'esprit, dans la mesure où sans doute ses capacités d'analyse et son goût des spéculations philosophiques ou politiques étaient plus limités.

On le voit en effet très vite s'adapter au mode de vie de la Louisiane, poussé à cela par le milieu « français » des planteurs, riches commerçants, armateurs, qui ont en partie construit leur fortune grâce à cette main d'œuvre moins chère (non pas gratuite, plaideront-ils : un maître a des devoirs, et les ouvrages traitant de la vie quotidienne en Louisiane semblent indiquer que les plantations dirigées par des « Français » en Louisiane étaient relativement « humaines »). Mais pour ces émigrés venus souvent de Saint-Domingue, un système économique différent pour la culture du coton ou de la canne à sucre est tout bonnement inconcevable ; et une politique large d'émancipation ou d'abolition ne peut que conduire à leur ruine, mais aussi à la guerre entre communautés et aux massacres - comme à Saint-Domingue.



LAKANAL
D'après un médaillon de David d'Angers : gravure représentant « Lakanal, conventionnel (1762-1845) », entré dans notre histoire par le biais de son émigration américaine aux multiples visages...
(Cliché de la Bibliothèque Nationale de France)
Buisson, par ailleurs, se veut bâtisseur, aménageur, urbaniste : comment ne pas se satisfaire d'une main d'œuvre nombreuse, disponible, facile à mobiliser en théorie (il faut passer contrat avec des propriétaires et non avec chaque travailleur) ? Buisson, donc, s'immerge dans le système, raisonnant... avec une étroitesse d'esprit qui se pare de la légitimité : « A Rome, vivons comme les Romains ». A la Nouvelle-Orléans, vivons comme les voisins de quartier, de la loge maçonnique, de la milice,... A la Nouvelle-Orléans, participons aux répressions quand des révoltes occasionnelles d'esclaves introduisent du désordre.

Cette attitude devant l'esclavage n'est pas seulement celle de soldats à culture politique limitée. On la retrouve chez des exilés d'une autre prétention philosophique, et par exemple chez cet étonnant Joseph Lakanal, auquel certains ont voulu donner en France la figure de « promoteur de l'instruction laïque et patriotique ».

Je retrouve dans le « Dictionnaire historique de la Révolution Française » la vie de cet Ariégeois, enseignant, prêtre vite abjurant, esprit ouvert (par exemple attentif à l'indépendance américaine), élu en 1792 et parti vers Paris pour une brève et intense carrière politique : commissaire en mission en France et aux armées, conventionnel, régicide, spéculateur en biens nationaux (à Villarceaux), mais aussi apôtre d'une pédagogie missionnaire englobant l'instruction publique « pour nos frères des campagnes » comme la dénonciation des ennemis de la Révolution.

C'est surtout par son action à la « Commission d'instruction publique » qui porte sur des créations d'enseignements supérieurs (Normale, Langues Orientales, les « Ecoles centrales ») qu'il est connu, et c'est cela qu'il mettra en avant beaucoup « plus tard », à son retour d'exil. Car pour Lakanal, la roue va vite tourner, Bonaparte le trouve trop idéologue et Lakanal quitte sous l'Empire la politique active pour des fonctions d'administration d'Ecoles. Les décrets exilant en 1815 les régicides le chassent de France, lui aussi : il choisit les Etats-Unis, n'oublie pas de baiser la main de Joseph, et y travaille d'abord pour sélectionner le site de la colonie d'émigrants français de Démopolis (Alabama) à laquelle le Congrès a octroyé en 1819 des territoires : il s'agit là de l'opération de « la vigne et de l'olivier » proche, dans son esprit du Champ d'Asile. En 1822, Lakanal arrive à la Nouvelle-Orléans pour présider « le collège d'Orléans », c'est à dire l'Université. Les Français de la ville qui l'y ont fait nommer le poussent très vite à la démission (pour des raisons politiques ? ? ou, comme le suggère le livre de Delery, à cause de son caractère impossible, de ses discours pontifiants,. de sa prétention sans bornes ?).

Il achète alors une plantation à Mobile qu'il exploite avec des esclaves « forts et bons » qu'il prétend traiter « comme des amis malheureux », et leur demande « un travail modéré ». Il reviendra en France en 1832, passera son temps « à sculpter lui-même sa propre statue pour la postérité », mourra en 1845. [Lakanal eut, aux Etats-Unis, un gendre... polytechnicien. Je ne sais rien de plus de notre camarade Charvet Hyppolite, Lucien, X1815].

On peut donc être une image de la vertu républicaine, dont le nom est donné en France à de nombreux établissements où on enseigne une culture de liberté et de démocratie, et se comporter, de manière littérale, en «esclavagiste». On peut aussi s'enrôler en 1832 pour promouvoir la démocratie en Belgique, comme le fera le prince Achille Murat que nous avons déjà croisé, et développer dans ses écrits des thèses très sudistes, et même chauvines (Murat a été, à l'occasion, planteur en Floride et en Louisiane), au demeurant argumentées de vocabulaire paternaliste comme le fera le lobby des propriétaires d'esclaves dans tous les pays : «je traite mieux mes esclaves, frères malheureux mais encore inférieurs, que vous ne traitez vos ouvriers dans vos usines, vos domestiques dans vos maisons, vos employés dans vos services »...



Michel CHEVALIER
Une des gloires de la rêverie Saint-Simonienne, de la pensée économique, de l'analyse géographique des Etats-Unis - et du corps des mines.
(Cliché de la Bibliothèque Nationale de France)
... et Bernard? Nous le savons, Bernard rentrera en France en 1830 et 1831. Son témoignage est cependant intéressant car c'est celui d'un homme de réflexion avec un peu plus de recul sur ce problème (géographiquement, à Washington ou Philadelphie, et institutionnellement , par sa situation professionnelle). C'est aussi un homme, son fils Colombus le confirmera plus tard, qui entretiendra des relations nombreuses avec les responsables les plus élevés des Etats-Unis, présidents, gouverneurs, élus, entrepreneurs -sans oublier les voyageurs de passage. Même si l'esclavage, et la querelle intellectuelle, puis économique et politique, enfin militaire entre les pro et les anti n'était pas encore le sujet unique de conversation qu'il deviendra vers les années 1850, il est déjà examiné avec attention. Dans une lettre à Lafayette, Bernard l'aborde aussi, comme le fera Chevalier plus tard, sous l'angle économique, en tournant autour de l'argument de la main d'œuvre gratuite et en le retournant : «... Je n'ai aucun doute, Mon Général, que l'on puisse se passer de mains noires pour cultiver nos pays du Sud, mais ces mains noires y sont, et malheureusement rendent, en quelque sorte, flétrissant, aux yeux des blancs, le travail des champs. Un spéculateur européen ne pourrait essayer d'introduire en Floride le travail des blancs, parce qu'il lui serait impossible de prévoir les difficultés qu'il aurait à surmonter soit de la part des planteurs, soit de la part des ouvriers blancs, à cause des prétentions que ceux-ci ne tarderaient pas à élever et des préjugés qu'ils partageraient bientôt avec la population blanche...

Sous le point de vue moral, je dirai plus, c'est sans doute un spectacle bien affligeant que celui de l'esclavage, et il est bien triste de voir de si beaux pays cultivés par des malheureux esclaves réduits à une abjection dont on ne peut prévoir le terme. Mais, quelques blancs au milieu d'eux feront-ils cesser cet état de choses ? pourront-ils apporter le moindre adoucissement à la situation de l'esclave et altérer le moins du monde les mœurs et les idées du planteur ? Je ne le crois pas, Mon Général, il me semble que puisqu'il n'y a aucun résultat philanthropique à obtenir, il vaut mieux que le blanc fuie les pays à esclaves et s'établisse au milieu d'une population toute libre : c'est je le pense, non seulement son intérêt positif, mais même celui de la classe esclave, car dans un pays où l'esclavage existe, l'homme libre est naturellement porté à devenir oppresseur dans l'intérêt de sa propre conservation. Ainsi, Mon Général, dans l'intérêt du blanc, comme dans celui du noir, je considère qu'un établissement d'émigrants dans les Florides n'aurait aucun résultat utile et en outre, je le crois absolument impraticable ».

Bernard, en 1830, ne pousse donc pas sa réflexion au bout, et à ma connaissance n'émet pas l'hypothèse qu'un jour cette situation cessera - et ne peut que cesser dans la douleur. Les voyageurs qui ne passent que quelques mois dans le pays sont donc souvent plus lucides que ceux qui y sont installés à demeure, il est vrai que la « distanciation » facilite la réflexion, surtout si les solutions proposées n'ont pas d'impact « négatif »sur votre propre situation. Chevalier, qui n'a pas oublié les utopies saint-simoniennes sur le progrès de l'humanité, va jouer les Cassandre : la coexistence entre les « Yankees » et les « Virginiens » est impossible, non pas simplement car l'esclavage exacerbe le dialogue moral ou politique, mais parce que leur système économique les conduira à une confrontation où le Sud sera submergé : « le Virginien, entouré dès l'enfance d'esclaves qui lui épargnent tout travail manuel, est peu actif, il est même paresseux, généreux et prodigue »... alors que le Yankee est « la fourmi travailleuse, il est industrieux et sobre, il est économe, etc.. ». Pour Chevalier, comme pour Tocqueville, donc l'unification américaine se fera et ce sera par la chute du Sud. Les Etats-Unis y retrouveront une cohérence économique autour des idées d'entreprenariat et de progrès technique ; ils y retrouveront aussi une cohérence morale, enfin - près de cent ans après leur Déclaration des droits de l'homme le discours à la Jefferson - philosophe et politique - ne sera pas contredit par le comportement d'un Jefferson - esclavagiste.

Mais Chevalier, et Tocqueville, devinent aussi dès les années 30 combien l'affranchissement sera une opération traumatisante, provoquera un chaos inévitable, laissera des traces d'autant plus durables que le pays tardera à s'y lancer et le fera dans l'urgence imposée plutôt que la réflexion et la mise en place d'étapes consenties. [Toutes choses égales par ailleurs, l'attitude de l'Empereur Pedro et des autorités brésiliennes conduisant à la fin de l'esclavage en 1888, permettra des transitions moins douloureuses].


LES REPRESENTANS REPRESENTÉS.

TOCQUEVILLE.
Remplaçant de Mr Drouyn de L'huis. _ Puisse le lorgnon qu'il tient toujours a la main lui faire voir clair dans les affaires étrangères.
Si le ministre, peut-être, ne «vit pas toujours clair malgré son lorgnon», l'observateur des Etats-Unis y observera bien davantage que l'état du système pénitentiaire.
(Cliché de la Bibliothèque Nationale de France)

Très proche du pouvoir sous le Second Empire, Chevalier a sans doute été surpris de voir que sa lucidité n'était guère partagée par la France lorsqu'elle fut conduite à prendre position, pour le Nord ou pour le Sud, lors de la guerre de Sécession. La France avait pourtant, quelques années auparavant, décidé l'émancipation de ses esclaves. Il est certainement bon de rappeler à ce sujet aux lecteurs, polytechniciens ou non, le rôle essentiel que joua à cette occasion François Arago, alors savant reconnu et même « mandarin des sciences », républicain devenu ministre en charge de la marine et des colonies, qui sut faire nommer Victor Schoelcher pour régler cette question et mener tambour battant les travaux des commissions et les signatures officielles. Ce qu'un savant sut faire en France, un autre savant Benjamin Franklin avait essayé de le réaliser en 1776 lors de la déclaration d'indépendance et la rédaction de la Constitution américaine, puis encore en 1790 avec une large campagne appuyée sur des arguments moraux et affrontant le problème économique de la compensation pour les propriétaires d'esclaves, et le problème « géographique » du devenir de cette population noire si nombreuse, plus nombreuse que celle des blancs dans quelques Etats. Mais l'échec de cette tentative, basée sur une vision lucide, allait laisser les Etats-Unis devant leur problème majeur, un problème bien plus difficile que celui de la conquête de l'Ouest, car aucune « nouvelle frontière », aucun dynamisme économique ou « civilisateur » ne pouvait justifier l'esclavage et ses conséquences.

En France donc, lors de la Guerre de Sécession, et malgré la décision française de 1848, il se trouve encore certes de nombreux éditorialistes reprenant les thèses de Tocqueville (« l'esclavage me soulève le cœur »), et les accents hugoliens de Hugo ou de Lamartine soulignent le contraste entre le congrès, américain, où retentissent sans cesse les beaux noms d'indépendance, de dignité humaine, de droits imprescriptibles, d'inviolabilité de droits naturels et la condition des noirs « qui protestent devant le ciel et la terre contre tant d'hypocrites philanthropes ». Mais les réseaux sudistes appuyés sur des cousinages francophones, agissaient : Denuzières nous montre son héroïne aller faire en France du trafic d'armes au bénéfice de la Confédération. Les entrepreneurs français d'armement (comme les anglais) étaient prêts à vendre armes et canons à ceux qui pouvaient les payer. Surtout, l'industrie textile française, en Normandie comme en Alsace, avait besoin du coton des Etats sudistes et avait développé des liens très étroits avec eux, bien antérieurement au tableau que Degas peignit en 1873 sur « le Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans ». La crainte de la « famine du coton » était très réelle frappant surtout la Normandie ; si l'Alsace (Mulhouse est alors le « Manchester français ») est moins touchée par le chômage, c'est grâce à une exceptionnelle intelligence du patronat local, regroupé dans la « Société Industrielle », jouant sur tous les leviers du comportement en usine ou en région, utilisation de stocks, réduction d'horaires, maintien des emplois, création de « comités de prévoyance », lancement de travaux d'intérêt régional - et bien sûr, action politique à Paris pour aider le Sud et développer à terme d'autres sources d'approvisionnement.

On peut ajouter d'autres arguments pour comprendre l'irrésolution de Napoléon III et de son gouvernement : la conduite de l'expédition du Mexique, à la même époque. [Puisque nous parlons de la présence des polytechniciens en Amérique, il n'est pas inutile de rappeler que de nombreux officiers issus de l'Ecole servirent pendant cette campagne.]

Du coup, on retrouvera des Français des deux côtés du conflit, comme on retrouvera les Français d'Amérique de part et d'autre, en fonction de leur lieu de résidence plutôt que d'autres considérations. Le cas de Victor Considérant est, à ce titre, exceptionnel et méritoire : résident à côté de San Antonio après un nouvel échec de lancement de colonie utopiste, et naturalisé américain, il est l'objet de pressions fortes exercées par les autorités militaires du Sud à la recherche de cadres et conscientes que la formation polytechnicienne de Considérant peut leur rendre service (c'est ce raisonnement qui avait servi pour Buisson). Mais Considérant refuse de s'engager. Il ne met pas son âge en avant (il n'a guère plus de cinquante ans), mais ses convictions anti-esclavagistes. Il est donc mis à l'écart de la société, et devient une sorte d'ermite, d'intellectuel-paysan, vivant dans une misérable cabane de prisonnier non loin d'Alsaciens immigrés au Texas. Michel Vernus cite dans sa biographie de Considérant une lettre apitoyée d'un missionnaire à un curé alsacien : « Le pauvre homme peine à se tirer d'affaire ici ; il mange des patates douces et demande le reste dans le fleuve San Antonio avec sa ligne et ses filets. Si Considérant savait ce qui se dit sur lui quand on le voit passer avec sa petite charrette à deux roues, comme en ont les juifs en Alsace , il se cacherait la figure et pleurerait sur ses folies... ». [il aurait pu ajouter, « et les Mormons dans leur avancée vers le futur Utah »].

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