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 LA MEMOIRE A VIF DE l'ESCLAVAGE

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MessageSujet: Re: LA MEMOIRE A VIF DE l'ESCLAVAGE   Sam 12 Mar - 9:30

Gilberto Freyre, Maîtres et esclaves, Gallimard, réédition. « Tel », 1978.

La thèse

Il y a deux traits majeurs dans ce livre : une sorte de manifeste ou de discours de la méthode ; une idée directrice - bien que l'ouvrage se termine sans conclusion.
Maintes fois réédité et traduit, "Casa grande e Senzala" (écrit en 1933) est paru en français en 1952. Traduit par Roger Bastide et préfacé par Lucien Febvre, il fut très bien accueilli en France par l'école des Annales. Le sous-titre ( La Formation de la société brésilienne ) renvoyait en effet à cette grande aventure intellectuelle qui consistait à étudier non plus de grands personnages mais des populations d'anonymes. Guère séduit par le matérialisme historique et par l'économie, Gilberto Freyre s'intéressait aux structures mentales. Se considérant comme un écrivain faisant de l'anthropologie et de la sociologie, il se consacrait à des domaines qui allaient devenir de vastes chantiers pour les historiens, comme la démographie, l'étude des représentations culturelles et de la sexualité - essentielle dans l'ouvrage.

A la diversité des sources, à l'intersection de toutes les sciences sociales, Gilberto Freyre ajoutait une grande liberté et une vivacité de ton, ainsi qu'un souci du concret, fût-il particulièrement cru. En cela, il s'agissait, par rapport aux usages académiques d'alors, d'un manifeste sur la méthode anthropologique.

L'idée directrice, quant à elle, était simple, mais d'une grande portée. Gilberto Freyre s'attachait à saisir comment les populations indienne, portugaise et africaine avaient pu non se juxtaposer, mais se fondre progressivement afin de constituer le peuple brésilien. Il réhabilitait par là même l'héritage indigène et africain jusque-là souvent discrédité. Se fondant sur une conception biologique des peuples et des « races », en attribuant à chacune un « génie » particulier, il arrivait, au final, à pourfendre les théories racistes fondées, elles, sur la différenciation et l'exclusion. L'idée du creuset brésilien amenait à minorer les horreurs de l'esclavage - aboli seulement en 1888 - et la coupure entre Blancs et Noirs. Elle permettait ainsi de renforcer le sentiment national.

Mais c'est la maison du maître, et non la baraque de l'esclave, qui figurait au centre du dispositif. Dans la théorie dite du « lusotropicalisme », élaborée par Gilberto Freyre, et qui mettait au centre le métissage de la colonie portugaise, l'économie de plantation esclavagiste était ignorée. L'anthropologue privilégiait un modèle « familial et patriarcal », aristocratique, mais ouvert sur l'extérieur et prêt à s'enrichir d'apports multiples - à la condition que ceux-ci ne remettent point trop en cause le catholicisme dominant au Brésil.

Qu'en reste-t-il ?

Si l'originalité de la colonisation portugaise au Brésil ne fait pas de doute, notamment par rapport à l'empire espagnol en Amérique, il n'est plus possible de croire que l'esclavage y aurait été plus doux qu'ailleurs ; vision d'un romantisme bien dépassé, comme l'écrivit Orlando Patterson, le grand sociologue père de l'histoire comparée des systèmes esclavagistes ( Slavery and Social Death , Harvard, University Press, 1982).

Quant au concept du creuset, il est à manier avec précaution. Car l'indéniable fusion à l'origine de la société brésilienne d'aujourd'hui ne peut faire oublier la persistance de formes de discrimination et d'exploitation, peut-être moins flagrantes mais tout aussi réelles qu'aux États-Unis. Celui qui reste l'une des figures centrales de la vie intellectuelle brésilienne du XXe siècle témoigne ici des contradictions d'une région, d'une nation et d'une époque.
Rencontrant certains des objectifs de l'école des Annales, Gilberto Freyre s'en distingue par la méthode. Il procède par « accumulation de petits détails, par microanalyses » (Roger Bastide), et non par le recours à la fameuse analyse quantitative et sérielle. Maîtres et esclaves n'est donc pas seulement une butte témoin en matière d'histoire des sciences sociales. Toujours utile pour comprendre la société brésilienne, il demeure aussi un livre à méditer.

L'auteurNé et mort à Recife, Gilberto Freyre (1900-1987) fut un homme du Nordeste, la région du Brésil la plus anciennement colonisée. Issu d'une vieille famille aristocratique, il fit ses études à Stanford et Columbia.
Revenant au pays en 1923, il rédigea deux ans plus tard le Manifeste régionaliste du Nordeste . En 1933, Casa grande e Senzala (littéralement « Maison de maître et baraque d'esclave », traduit en français sous le titre Maîtres et esclaves ) lui assura une réputation internationale.
Gilberto Freyre enseigna au Brésil, au Portugal et aux États-Unis, son oeuvre faisant, dès 1949, l'objet d'un cours en Sorbonne. Député du Pernambouc, l'État fédéré dont Recife est la capitale (1945-1950), et délégué du Brésil auprès de l'ONU (1949-1964), l'homme de la compréhension des différences culturelles fut aussi un nationaliste, qui, soutenant la dictature militaire en 1964, alla jusqu'à justifier la censure de la presse.


http://www.histoire.presse.fr/content/2_recherche-index/article?id=666#titre
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MessageSujet: Re: LA MEMOIRE A VIF DE l'ESCLAVAGE   Lun 4 Juin - 17:58

Par Myriam COTTIAS

A travers débats et affrontements, on a vu en 2005 combien l'histoire de l'esclavage et celle de la colonisation, objets repoussés hors frontières scientfiques reconnues, permettaient d'interroger la définition contemporaire de l'Etat et de la Nation.

Dans sa préface à l'ouvrage de Gilberto FREYRE "Maitre et Esclaves- La formation de la société brésilienne", traduit e 1952, Lucien FEBVRE insistait sur la névessité d'étudier "la mobilisation des "peuples de couleur". Il soulignait ainsi la méthode de l'analyse historique définie avec Marc BLOCH : l'exigence du va-et-vient entre le présent et le passé. Un demi-siècle plus tar, c'est précisément cette nécessité qui s'est imposé, sous l'angle politique, aux historiens travaillant sur l'esclavage colonial transatlantique - deux qualificatifs importants, car ils délimitent à la fois des modalités et l'espace de l'esclavage tel qu'il est abosdé dans la plupart des études menées en France.

Je m'y contonnerai ici,bien qu'il soit de moins en moins pertinent de penser cet objet dans les frontières nationales.

Considéré au sein d'un ensemble comprenant la France continentale les départements d'outre-mer surtout, mais aussi Saint-Domingue, devenue Haïti lors de son indépndance en 1804-, l'esclavage désigne quasi uniquement le système de mise en servitude de captifs déportés dans les colonies des Antilles après avoir été achetés dans les sociétés d'Afrique. C'est principalement la traite, le commerce de ces captifs, qui a assuré, le renouvellement et le développement de l population esclave, asservie pour garantir, grâce au sucre et au café, la prospérité commerciale de la France jusq'au XIXem siècle. Ainsi, bien qu'emboîtés l'un dans l'autre, traite et esclavage, ont toujours été deux systèmes distincts: chacun à ses acteurs, ses propres règles d'organisation, de règlementation et de temporalité.

Officiellement, la traite des captifs s'achève en 1814,. En écho à l'abolition promulguée localement à Saint-Domingue, l'esclavage, lui est aboli dans les colonies françaises une première fois le 4 février 1794 par la Convention nationale de la Ière République. Rétabli par Napoléon Bonaparte en 1802, il est de nouveau aboli le 27 avril 1848, lors de la réinstauration de la République. Selon la proclamation officielle, "nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves" et les "frères esclaves", affranchis entre dans "la grande famille nationale".
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MessageSujet: Re: LA MEMOIRE A VIF DE l'ESCLAVAGE   Lun 4 Juin - 18:48

Le lien fort établi ainsi entre République et abolition de l'esclavage - le drapeau français est salué aux cris de "vive la Liberté" par les esclaves - explique bien les choses, au niveau tant des résurgences thématiques que des attentes des populations issues de l'outre-mer. A l'aube d'un siècle, trois grands moments ont rythmé la production historique et la réflexion politique sur la relation entre l'outre-mer et la France- sous l'angle de l'Etat et de la nation. En 1848 paraît l'iportante "Historique de l'esclavage" de Gaston-Martin, ainsi que, sous le titre de "Colonisation et Esclavage", une sélection de textes de Victor Schoelcher, figure de proue de l'abolitionnisme français, réalisé par Aimé Césaire et préfacée par Charles-André Julien, professeur à la Sorbonne.

Tout en glorifiant la geste républicaine, Aimé Césaire infléchit pour la première fois le récit historique. Il fait émerger des acteurs oubliés de cette histoire, les esclaves, et en appelle aux "nègres" qui se soulèvèrent à la Martinique le 22mai 1848, obligeant le gouvernement local à anticiper de plus en plus de deuxmois la promulgation du décrét d'abolition car, écrit-il ils "sentirent que la liberté ne tombe pas du ciel; qu'elle ne s'accorde jamais tout à fait; qu'elle se prend et se conquiert". Deux années après le vote de la loi de départementalisation qui assimilait les Antilles, la Guyane et la Réunion à la France, la demande d'intégrer un élément de différencialisation au sein d'une république universaliste eut peu d'écho dans l'Hexagone.

Un deuxième temps fort dans les études sur l'esclavage est arrimé à la comémoration du bicentenaire de la Révolution française, à la fois dans l'Hexagone et dans les départements d'outre-mer. Sous l'impulsion d'Yves Benoît, entre autres, colloques et republications de docuents historiques ont pour objectif d'accorder aux colonies une place importante dans les débats et les évènements révolutionnaires. Du fait du soulèvements des esclaves et des conflits autour de la citoyenneté des affranchis qui forcent à préciser le contenu du mot "égalité" inscrit dans la déclaraion des droits de l'homme, Saint Domingue émerge en tant que point de basculement de la révolution. Toussaint Louverture devient le symbole de la Révolution haïtienne. Cette effervescence scientifique n'a cependant pas eu beaucoup de résonance hors de la sphère se spécialistes: le "Dictionnaire critique de la Révolution française " publié par François Furet et Mona Ozouf en 1998, par exemple, n'abordait pas ces points critiques. L'esclavage ne semblait pas pouvoir acquérir ses lettres de naturalité au sein de l'évènement historique majeur qui ancrait la nation française.

A partir de 1998, les revendications politiques émanant des élus comme des associations d'ultramarins se sont appuyées sur l'histoire lors de la commémoration du cent cinquentenaire de l'abolition de l'esclavage pour réclamer la prise en compte par l'Etat et la nation de leurs conditions singulières. Soulignant, d'une part, le conflit entre l'oubli de l'histoire de l'esclavage, l'oubli du passé-prescription républicaine élémentaire développée par Renan - et des expériences sociales de discrimination raciale portées par les "populations antillaises et réunionnaises" pourtant citoyens français et, d'autre part, une faute matérielle t morale de l'Etat français, la loi du 21 mai 2001, dite "loi Taubira", reconnaissait la traite et l'esclavage, comme crime contre l'humanité en son article Ier. Dictée par la nécessité sociale et montrant combien le projet initial entre citoyens français avait échoué, cette loi visait à redonner leur dignité à des "personnes en souffrance". Malgré les demandes de réparations financières que contenanait la première version de la loi, c'est finalement un parcours de la reconnaissance" selon la formule de Paul Riccoeur, qui a été entériné dans ses deux premiers articles.
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MessageSujet: Re: LA MEMOIRE A VIF DE l'ESCLAVAGE   Dim 13 Jan - 9:20

Un tournant est pris en 2005, qui a porté au grand jour d'anciennes tensions et de violentes scissions au sein de la profession des historiens . Dans un enchevêtrement de raisons sociales, politiques et professionnelles - celle des conflits sociaux dans les espaces urbains nommés "banlieues"; celle de la promulgation de la loi du 23 février 2005sur les aspects positifs de la colonisation; ou encore celle de la première utilisation de la loi du 21 mai 2001dans un procés en accusation de rèvisionnisme d'un historien -, a émergé ce que la presse a appelé la "question noire". Il devenait évident que l'histoire de l'esclavage est un domaine éminemment politique et les historiens étaient requis de participer à la cité. La mémoire faisait pression sur l'histoire! Ebranlés, les historiens professionnels se sont affrontés par le biais de pétitions (pétitions "Liberté pour l'histoire, contre les lois mémorielles", contre l'enseignement "officiel", de la colonisation à la suite de la loi du 23 février 2005..), de sociétés savantes et de comités ( Comité de Vigilance face aux usages publics de l'Histoire ), de débats sur l'importance "réelle" de la colonisation pour la France, sur la nécessité de la loi Tabira, tout comme sur le choix d'une date de commémoration nationale, des "mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions".

Esclavage et colonisation ont fait apparaître des scissions autour des valeurs fondamentales de la République. L'affrontement s'est organisé autour d'un universalisme se réclamant d'un côté, d'une "mémoire gauloise" et, de l'autre, d'un groupe d'historiens préconisant d'introduire de la pluralité dans l'universel. Pour eux, il fallait accepterles implicites "raciaux" de la République pour les dépasser dans le présent. A travers les débats et affrontements, on a bien vu combien l'histoire de l'esclavage et celle de la colonisation, objets marginalisés par les historiens de la IIIème République - puis par leurs successeurs - jusqu'alors repossés hors des frontières scientifiques valables et reconnues - lacune comblée à la fin de 2005 par la création au sein du CNRS, du Centre International de recherche sur les esclavages -, permettaient d'interroger la définition contemporaine de l'Etat et de la nation en France. Ainsi, soutenus par une riche production scientifique, les récents ouvrages se consacrent aux questions raciales, au XVIIIèm siècle, notamment, aux questions de genre, aux procès qui donnent la parole aux esclaves. Entre histoire, anthropologie et sciences politiques, d'autres analysent plus spécifiquement la question de la mémoire, les généalogies de la "question noire". Parallèlement, des supports pédagogiques ont été élaborés et un large domaine de littérature enfantine s'est développé.

La traite et l'esclavage, doivent être des objets d'histoire partagés, distanciés pour éviter une remémorisation continuelle du passé. Et la question symptomatique d'un journaliste posée au plus fort des débats de 2005, je continue à répondre : " Non je n'ai pas peur ! "

M. C.

Article tiré du Nouvel Observateur Hors série octobre novembre 2008
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MessageSujet: Re: LA MEMOIRE A VIF DE l'ESCLAVAGE   Aujourd'hui à 11:29

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