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 LE COMBAT NOIR AMÉRICAIN JUSQU’EN 1960

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MessageSujet: LE COMBAT NOIR AMÉRICAIN JUSQU’EN 1960   Ven 1 Juin - 22:13

LES PREMIERS NOIRS ET L’ESCLAVAGE AUX ÉTATS-UNIS


En 1619, les premiers Noirs foulent le sol américain, débarqués d’un navire hollandais, pour travailler dans les plantations de Virginie aux côtés de serviteurs blancs venus d’Europe. Pendant plusieurs décennies, et alors qu’ils commencent à affluer vers toutes les colonies américaines, leur statut n’est pas déterminé. Mais dès 1640, dans les constitutions du Maryland et de la Caroline, l’esclavage est attesté. Progressivement, des esclaves d’Afrique sont installés dans les colonies centrales et du nord, certains venant aussi des Antilles ou du Brésil.

En 1700, l’esclavage est devenu une réalité pour les colonies du Sud qui possèdent des « codes noirs », privant les Noirs de leurs droits, et en faisant des esclaves à vie et héréditairement. Pendant le XVIIIème siècle, les arrivées d’esclaves sont massives, le besoin de main d’œuvre étant grandissant dans les champs de coton du Sud, fournisseurs des industries européennes.

Au moment de l’indépendance des Etats-Unis, en 1776, on estime le nombre de Noirs à 750 000, 90 % se trouvant dans les colonies du Sud. Pour les 75 000 Noirs du Nord et du Centre, l’esclavage institutionnalisé est alors en voie de disparition : en 1783, le Massachusetts a aboli l’esclavage, tandis que les esclaves new-yorkais sont progressivement libérés par leurs maîtres entre 1785 et 1799 ; et dans chacun de ces Etats, des mouvements humanitaires et sociaux s’opposent à l’esclavage.

Cependant, et malgré les idées abolitionnistes de Jefferson et Washington, la Constitution de 1787 est muette sur l’esclavage et le reconnaît en fait implicitement. Officiellement, le Congrès abolit la traite en 1808, et le trafic cesse à partir de cette date, hormis une traite clandestine relativement négligeable. Mais l’esclavage n’en prospère pas moins, se déplaçant à l’Ouest vers l’Alabama, le Mississippi, la Louisiane puis le Texas. En 1830, on estime le nombre d’esclaves à 2 millions, et à 4 millions en 1860.

Dans le Nord, le statut d’homme libre donné aux Noirs ne promet en rien l’égalité : ils sont exclus du vote (sauf en Nouvelle-Angleterre), des écoles, des églises et des moyens de transport. Ces Noirs du Nord voient leur nombre augmenter avec l’arrivée d’esclaves fugitifs du Sud, dont on estime le nombre à 75 000 dans la première moitié du XIXème siècle. Sous la pression des planteurs du Sud furieux de voir leurs esclaves s’échapper, le Congrès vote en 1850 une loi contre ces esclaves fugitifs.

La question noire naissante fait envisager à certains des solutions diverses : en 1822, la création de l’Etat du Libéria en Afrique de l’Ouest s’accompagne d’une association encouragée par le Congrès, l’American Colonization Society, visant à « rapatrier » des Noirs sur le continent africain ; une hostilité naît parmi les Noirs américains, certains voyant ce projet comme une volonté de déportation forcée. Surtout, entre 1830 et 1860, le Nord voit le développement d’une campagne abolitionniste, à travers des associations diverses souvent menées par des Blancs humanistes. Les Noirs eux-mêmes s’organisent et créent la Convention nationale noire en 1830, mais leur poids contre les esclavagistes s’avère moins décisif que celui des Blancs abolitionnistes du Nord.

Avant même la guerre de Sécession, les Noirs sont devenus l’enjeu d’un conflit moral opposant grossièrement le Nord au Sud, les abolitionnistes aux esclavagistes.


LES NOIRS ET LA GUERRE DE SÉCESSION


En novembre 1860, Abraham Lincoln est élu président. Les Etats du Sud quittent l’Union, et la guerre civile éclate le 12 avril 1861. Si Lincoln est personnellement opposé à l’esclavage, il ne souhaite pas véritablement l’abolir ; l’objectif du président est bien de sauver l’Union, et non de libérer les esclaves ; par ailleurs, quatre Etats esclavagistes n’ont pas fait sécession, et les Noirs voulant s’engager dans l’armée du Nord sont éconduits.

Cependant, par le déroulement des évènements, les armées de l’Union se transforment de fait en armées d’émancipation des Noirs lorsqu’elles envahissent les territoires confédérés. De plus, en 1862, le Nord accepte la présence de Noirs dans l’armée du Nord, et prépare un plan d’émancipation graduelle. A l’été 1862, l’esclavage est aboli dans l’Ouest, le district de Columbia et les Etats du Sud occupés par le Nord.

Le 1er janvier 1863 est publiée la « Proclamation d’émancipation » qui libère les esclaves des Etats rebelles. Les esclaves se considèrent dès lors libres dans les territoires occupés par l’Union, et presque 190 000 s’engagent dans l’armée du Nord ; dans le Sud, des Noirs se mettent au service du Nord et effectuent des missions d’espionnage, de sabotage, ou de guide.

Le 9 avril 1865, le général Lee capitule. La victoire du Nord met fin à presque 250 ans d’esclavage : le XIIIème amendement adopté la même année abolit l’esclavage sur tout le territoire (« Ni esclavage, ni servitude involontaire, si ce n'est en punition de crime dont le coupable aura été dûment convaincu, n'existeront aux Etats-Unis ni dans aucun lieu soumis à leur juridiction »).


LE SORT DES NOIRS APRES LA GUERRE DE SÉCESSION ET L’ABOLITION : UN « ESCLAVAGE » DE FAIT


Le nouveau président Andrew Johnson demande aux Etats du Sud de modifier leur Constitution afin d’être intégrés dans l’Union. De nouveaux « codes noirs » sont mis en place, mais ils n’ont que peu de différences avec les anciens, et livrent en réalité les affranchis aux planteurs. La majorité des Noirs reste à la campagne, en attendant la redistribution des terres promises après l’abolition. Les planteurs blancs voient en eux des éléments subversifs, alors que la grande majorité des Noirs se serait contentée de ces terres. La redistribution promise n’a bien entendu pas lieu, et la plupart des terres vendues aux affranchis sont rachetées par des Blancs rebelles libérés, qui emploient leurs anciens esclaves... Les piliers de la Confédération, dans le Sud, entendent bien « maintenir le Noir à sa place ». Des sociétés secrètes et le Ku Klux Klan agissent en ce sens, en brûlant par exemple les maisons et les récoltes des Noirs. Les Sudistes ont ainsi réussi à maintenir la suprématie blanche en termes économiques, et veulent désormais l’inscrire dans la loi et les institutions.

Face à ces Sudistes, le Bureau des Affranchis, créé en 1865 par Lincoln, œuvre pour la construction d’écoles et l’intégration de Noirs dans la vie publique. Par ailleurs, et toujours dans cette logique, les amendements XIV et XV adoptés respectivement en 1868 et 1870 émettent des promesses de citoyenneté et d’égale protection de la loi. Mais les Sudistes font tout pour maintenir les Noirs à l’écart des urnes, en compliquant l’inscription sur les listes électorales ou en menaçant violemment les affranchis potentiellement électeurs, tandis que les membres du Parti démocrate, en gain de pouvoir dans le Sud, accusent le Bureau des Affranchis d’incapacité et de corruption.

En 1877, les troupes fédérales quittent le territoire de l’ancienne Confédération à la suite d’une promesse électorale du candidat républicains Hayes faite aux votants du Sud. Le Nord abandonne ainsi les Affranchis aux mains des Sudistes.


L’ECHEC D’UNE ÉBAUCHE D’ORGANISATION POLITIQUE MILITANTE DEVANT LE RACISME PERSISTANT DANS LES MENTALITÉS ET DANS LA LOI


Dans le Sud toujours majoritairement agricole, les fermiers souffrent de la chute des prix et certains s’organisent dans des associations agraires radicales, qui collaborent parfois avec des organisations noires. Ainsi, en 1896, les Républicains noirs et le Parti populiste obtiennent ensemble la majorité à la législature de Caroline du Nord. Mais ce rapprochement n’a été qu’éphémère, les Noirs ne pouvant raisonnablement pas prendre une importance trop grande sur l’échiquier politique américain. De plus, de nombreux Blancs craignent pour leurs emplois, et la classe dominante blanche fait tout pour priver les Noirs de leurs droits civiques, effrayée de l’éventuel rôle politique qu’ils pourraient jouer ; de la même manière, beaucoup de fermiers pauvres blancs réclament que le droit de vote dépende ouvertement de la couleur de la peau.

La « clause du grand-père » inscrite dans la loi de Louisiane en 1896 exclut d’office du vote tous les affranchis en ne donnant le droit de vote qu’à ceux dont le père ou le grand-père était électeur en 1867 : dans cet Etat, le nombre d’électeurs noirs passe de 130 344 en 1896 à 5320 en 1900. La Cour suprême s’allie aux Sudistes en déclarant en 1873 qu’il existe « deux citoyennetés, fédérales et régionales. Le XIVème amendement ne concerne que la première ». En 1883, elle déclare que ce même amendement « interdit aux Etats et non aux individus de pratiquer la discrimination raciale », et en 1986 l’arrêt « Plessy versus Fergusson » met en place pour longtemps la doctrine « separate but equals », « séparés mais égaux », qui donne son aval à la ségrégation dans les écoles.
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MessageSujet: Re: LE COMBAT NOIR AMÉRICAIN JUSQU’EN 1960   Ven 1 Juin - 22:14

ETAT DES LIEUX AU DEBUT DU XXème SIÈCLE : MIGRATIONS, LYNCHAGES ET LOIS « JIM CROW »


Privés de moyens d’ « assimilation » à la société américaine, d’instruction, de terre, de propriété, de droits civiques, les Noirs sont systématiquement maintenus à l’écart. Et si une petite élite semble émerger à la fin du XIXème siècle, la grande masse des Noirs est condamnée à la misère et aux humiliations.

En 1880, 75 % des Noirs vivent dans le Sud. Beaucoup abandonnent déjà les campagnes pour les villes, où ils trouvent des emplois dans l’industrie ; cette urbanisation massive transforme le mode de vie des villes : les Blancs déménagent déjà des quartiers habités par des Noirs, et des lois imposent des quartiers ségrégués, les Noirs étant cantonnés dans des taudis insalubres. Le phénomène est identique dans le Nord qui voit l’arrivée progressive de nombreux Noirs dans les villes et une ségrégation spatiale s’opérer.

Entre 1885 et 1900, on comptabilise 2500 lynchages, dont l’origine est presque toujours une relation sexuelle entre un Noir et une femme blanche. Au cours de la seule année 1900, 106 Noirs sont lynchés dans le pays. Entre 1900 et 1914, on en compte 1100. Les prétextes sont de plus en plus variés (homicide, vol, insulte entre autres).

L’ensemble de lois légitimant la ségrégation sont dites lois « Jim Crow », du nom d’un personnage d’une chanson populaire ; cette ségrégation qui règne dans le Sud est loin d’être absente dans le Nord. Le but du système social ségrégué est d’interdire le mélange des races et de persuader les Noirs de leur infériorité. Les mariages interraciaux sont interdits, les lieux publics ou les transports sont soigneusement ségrégués, et les relations interindividuelles sont strictement codées. Le pouvoir économique est inaccessible aux Noirs, écrasés par la misère et l’endettement et contrôlés par les Blancs.


LES PREMIÈRES PRISES EN CHARGE COMMUNAUTAIRES : ÉGLISES, ÉCOLES ET ASSOCIATIONS


Certains intellectuels Noirs, comme John Hope, professeur à l’Université d’Atlanta, pensent que le salut des Noirs passe par la constitution d’une élite noire d’hommes d’affaires et d’entrepreneurs.

L’espoir noir commence à naître dans les Eglises où se regroupent les Noirs et passe par l’école et des associations. L’Eglise est un pilier pour les Noirs : elle est la seule institution leur appartenant totalement (les lieux de culte sont ségrégués) et où les individus peuvent s’exprimer librement. En raison du manque de moyens et de formation, les hommes d’Eglise noirs sont plus des prêcheurs que des pasteurs, et certains se révèlent être de véritables charlatans tandis que d’autres plus éduqués se soulèvent pour une sécularisation de l’Eglise, souhaitant que les pasteurs se soucient plus de la vie ici-bas et des problèmes sociaux que de l’au-delà. Toute la vie sociale est organisée autour et par l’Eglise, tout comme les sociétés de secours, les agences pour l’emploi ou l’instruction. Des banques, des compagnies d’assurance, des journaux sont créés par les associations de Noirs pour les Noirs dès cette époque. Les écoles noires n’ont que peu de moyens, même si quelques hommes d’affaires blancs « humanistes » du Nord comme Rockefeller ou Carnegie investissent dans l’éducation. Les premières élites intellectuelles noires sortent de ces écoles, et doivent trancher dans leur combat le dilemme entre conciliation et protestation.


BOOKER T. WASHINGTON OU LA CONCILIATION


Washington est le plus célèbre des penseurs noirs au début du XXème siècle. Pur prototype du self made man, il crée en 1881 dans l’Alabama un institut pour les Noirs visant à leur apprendre un métier pour devenir ouvrier qualifié, se constituer un capital, acheter des terres et devenir leur propre patron. Il tente d’inculquer des valeurs tels que l’honnêteté et l’épargne ou la fierté et le goût du travail manuel. En formant ainsi des jeunes gens polis et acquis au mode de fonctionnement de la société américaine, Washington pense désarmer l’hostilité blanche. Il recommande également en ce sens aux Noirs de rester à la campagne. Il convainc certains Noirs en leur promettant un progrès économique et ne dérange pas excessivement les Blancs, puisqu’il donne son aval à la ségrégation raciale en ne la remettant pas directement en cause.

Washington se rapproche des présidents américains, de Mac Kinley jusqu’à Theodore Roosevelt, et est même consulté par l’administration quand des fonctionnaires noirs doivent être nommés ou des subventions attribuées aux églises et écoles noires. Les Blancs ne prêtent pas attention à la volonté d’obtenir des droits civiques et une égalité raciale, et Washington se cantonne à soutenir les maigres progrès engagés contre la ségrégation, en recrutant des avocats et récoltant des fonds.


WEB DUBOIS OU LA PROTESTATION : LA CRÉATION DE LA NAACP


Booker T. Washington est critiqué par de nombreux Noirs dans le Nord, au premier rang desquels on retrouve Web Dubois, pour qui Washington est un passéiste. Titulaire d’un doctorat de philosophie obtenu à Harvard, Dubois représente le prototype de l’intellectuel protestataire aux manières quelque peu aristocratiques. Il attaque le « capitalisme militant » de Washington, qui conduit selon lui à l’acceptation de l’infériorité de la race noire et à la soumission. Ses revendications sont les suivantes : droit de vote, fin de la discrimination raciale, droit à l’éducation, et application stricte de la Constitution. Il crée le Mouvement dit « de Niagara » en 1905 mais ne reçoit que peu d’échos et cesse de le réunir en 1908.

En 1906 à Atlanta et en 1908 à Springfield ont lieu des massacres et émeutes raciales. Face à ces évènements, des intellectuels, des responsables d’œuvres sociales et des religieux fondent en 1910 la NAACP, National Association for the Advancement of Coloured People. Dubois est le seul noir parmi les responsables. L’association proteste contre le lynchage, la discrimination raciale et pour l’application stricte des amendements XIV et XV.

En 1915, la Cour suprême condamne la « clause du grand-père » dans le Maryland et l’Oklahoma, et déclare en 1917 inconstitutionnelle la ségrégation par quartiers pratiquée à Louisville. Ces mesures ne sont pas nationales, mais témoignent d’une possible influence des associations protestataires.

Par ailleurs, se crée en 1911 la National Urban League, dont le but est d’aider les nouveaux arrivants noirs dans les villes à s’adapter aux milieux urbains. Cet esprit militant fait également renaître une presse noire alors en perte de vitesse.
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MessageSujet: Re: LE COMBAT NOIR AMÉRICAIN JUSQU’EN 1960   Ven 1 Juin - 22:15

LA PROTESTATION NOIRE SOUS WILSON : UN POIDS POLITIQUE QUASI-NUL DEVANT LE RACISME PERSISTANT


Les militants noirs sont traditionnellement fidèles au Parti républicain, mais les présidents - même Theodore Roosevelt - se contentent d’appuis symboliques finalement décevants. En 1912, pour la première fois, avec la candidature de Woodrow Wilson, certains Noirs votent démocrate, le candidat promettant la justice, une égalité de traitement, et la lutte contre les monopoles et les privilèges.

Mais le mandat de Wilson s’avère décevant pour les Noirs, la question raciale étant reléguée au dernier rang de ses préoccupations, derrière la situation internationale et le poids des autres réformes intérieures. De plus, Wilson, démocrate et homme du Sud, demeure convaincu des vertus de la ségrégation : il signe plusieurs décrets autorisant la séparation des races dans l’administration fédérale, tandis que la Poste et le Trésor relèguent les agents noirs dans des pièces séparées.

En 1915, le film Birth of a nation de Griffith renforce le mythe du Noir corrompu et violeur et fait l’apologie du Ku Klux Klan, qui renaît de ses cendres la même année et organise quantité de lynchages.

LES NOIRS ET LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE


A l’entrée en guerre en avril 1917, l’armée refuse d’abord les Noirs qui se portent volontaires. Mais en mai, alors que la mobilisation est enclenchée, de nombreux Noirs sont engagés, et des exemptions sont même refusées. Représentant 10 % de la population américaine, les Noirs forment 13 % du contingent. Les soldats noirs sont souvent décrits comme enthousiastes, voyant cet engagement comme un facteur d’intégration et d’une reconnaissance de leur qualité d’Américains. Preuve en est les actions de la NAACP et des étudiants, qui mènent une campagne pour autoriser l’accès des Noirs aux écoles d’officiers, qui demeurent exclus des corps militaires les plus prestigieux et subissent insultes et humiliations au sein de l’armée. Dans le Sud, la vue de soldats noirs en armes suscite l’hostilité des Blancs et des incidents ont lieu.


LA FUITE VERS LE NORD ENTRE 1917 ET 1920


La guerre modifie considérablement l’organisation de la société américaine. Pour les Noirs, cela se traduit par la fuite du Sud vers le Nord en pleine expansion : entre 1917 et 1920, 300 000 à 400 000 Noirs vont dans le Nord, pour travailler dans les industries des grandes villes. Le flot d’immigrants européens ayant été interrompu, les Noirs travaillent dans les usines d’armement, l’industrie alimentaire, les chantiers navals, l’industrie automobile ou encore les mines de charbon. Cette venue provoque l’agressivité et la fuite des Blancs : 57 lynchages sont répertoriés dans le Nord en 1918. En juillet 1917 se produisent des émeutes à East Saint Louis dans l’Illinois. Wilson condamne les lynchages et la violence, mais ne remet pas en cause la ségrégation

Dans le Nord, les villes sont ségréguées de fait. Par exemple, le quartier de Harlem à New York, peuplé de Blancs de classe moyenne, voit l’arrivée progressive de Noirs de la même classe sociale. Mais les Blancs fuient le quartier et des Noirs plus pauvres l’envahissent, cet entassement entraînant déjà des conséquences sanitaires et sociales graves, comme l’envolée du taux de mortalité infantile ou le développement d’une importante délinquance.

Les ouvriers noirs de ces grandes villes du Nord ne peuvent attendre un quelconque soutien de la part des syndicats : l’American Federation of Labor (AFL) se disait au départ opposée à la ségrégation, mais le syndicat renonce à cette revendication devant l’hostilité de la majorité des syndicalistes et des représentants locaux. Le patronat profite de cet abandon pour utiliser les ouvriers noirs en cas de troubles, et ces derniers en retirent une réputation de « briseurs de grève ». Et s’il existe quelques syndicats noirs, leur influence demeure très limitée.


L’APRÈS-GUERRE : VIOLENCES RACISTES, MARCUS GARVEY ET « RENAISSANCE DE HARLEM »


La réinsertion des vétérans s’avère difficile, et des grèves et affrontements ouvriers éclatent après la guerre. En 1919, le Ku Klux Klan connaît un véritable essor, et on estime le nombre de ses partisans à plus de deux millions dans les années 20, désormais également dans le Nord et dans l’Ouest. L’ « été rouge » de 1919 voit plus de 15 émeutes se dérouler, l’une d’entre elles faisant 37 morts à Chicago. La NAACP et d’autres associations condamnent cette violence, mais le Congrès ne vote aucune loi permettant une justice égale pour tous.

La NAACP ne touche en vérité qu’une minorité cultivée, tandis que les masses ouvrières et paysannes, sont en attente d’un leader qui saura leur parler et prendre en charge leurs problèmes. Marcus Garvey a pu sembler exercer ce rôle ; originaire de Jamaïque, il crée en 1914 l’Association Universelle Pour le Progrès Noir, avant de prêcher à Harlem un nationalisme noir souhaitant et organisant le « retour » en Afrique, exaltant la fierté de la race noire et glorifiant l’Afrique. En 1921, il s’autoproclame « président de l’Empire d’Afrique ». Méprisé par la NAACP, il jouit cependant d’une popularité et d’une écoute sans commune mesure avec celles de l’association ; mais son projet demeure lettre morte : en 1923, il est arrêté pour corruption et fraudes.

Pendant ces années 20 à Harlem, des Noirs venus du Sud participent à une explosion littéraire, musicale et plus globalement artistique considérable, appelée « Renaissance de Harlem ». Les auto-proclamés « negroes » refusent tout stigmate d’infériorité et font jaillir des pensées et revendications universelles de liberté depuis leur amertume et leur insatisfaction. Outre des artistes entrés dans la postérité comme Duke Ellington, Louis Armstrong ou Bessie Smith, des historiens se consacrent à l’étude de la vie et de l’histoire noires, comme Carter Woodson qui crée un journal d’histoire noir, l’éducation étant au centre des préoccupations des intellectuels noirs.
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MessageSujet: Re: LE COMBAT NOIR AMÉRICAIN JUSQU’EN 1960   Ven 1 Juin - 22:17

LES NOIRS ET LE MILITANTISME DANS LA CRISE : UNE APPROCHE « SOCIALE »


La crise de 1929 a raison de l’euphorie des années folles et anéantit les frêles espoirs des Noirs. Avant la grande dépression, la crise agricole dans le Sud et la réadaptation industrielle faisaient déjà souffrir la population, et en 1929 de nombreux Noirs sont déjà au chômage. La crise accélère le processus, les Noirs étant licenciés les premiers et chassés de leurs logements. Dans certaines campagnes du Sud, une forme d’esclavage réapparaît. Exclus des syndicats, les Noirs ne possèdent aucun moyen de défense. En 1934, 17 % des Blancs sont incapables de subvenir à leurs besoins, et 38 % des Noirs…

Pourtant, les Noirs commencent à prendre conscience de leur poids politique, tandis que les leaders se tournent vers une approche plus économique et sociale que raciale : Dubois est membre du parti socialiste dès 1911, tout comme Philip Randolph qui le rejoint en 1916. La NAACP reste très prudente, et Dubois, de plus en plus imprégné d’idées marxistes, quitte le mouvement en 1934. La classe ouvrière noire ne peut cependant se retrouver ni dans le parti socialiste, ni dans la NAACP. Le parti communiste décide alors de se tourner vers eux, en instaurant une égalité raciale systématique dans ses rangs. Ainsi, dès 1925, l’American Negro Labor Congress avait été créé, réunissant les syndicats noirs sous la houlette des communistes. Entre 1928 et 1934, sous l’initiative d’idéologues moscovites, le PC américain milite même pour la création d’un 49ème Etat américain qui constituerait une République noire indépendante… cette conception ignore cependant la réalité noire et est vouée à l’échec, même si elle contribue à populariser le syndicalisme chez les Noirs et à attirer l’attention de la « gauche » américaine sur le « problème noir ».


1932, LA TENTATION DÉMOCRATE : L’ÉLECTION DE ROOSEVELT ET LE NEW DEAL


Signalons avant toute chose qu’une infime proportion de Noirs vote à cette époque, puisqu’ils sont assez systématiquement maintenus à l’écart des urnes dans le Sud.

En 1928, le républicain Hoover mène une campagne présidentielle pour renforcer ses positions dans le Sud, et donnent des gages aux racistes. Des Noirs se tournent alors de plus en plus franchement vers le parti démocrate : en 1932, Franklin D. Roosevelt obtient un quart du vote noir. Entre 1932 et 1936, le glissement du vote noir vers le parti démocrate s’accentue. Pourtant, Roosevelt n’attaque jamais la ségrégation, même si aucune mesure du New Deal n’exclue en théorie les Noirs. Mais beaucoup de Noirs sont privés de fait de la « sécurité sociale » instaurée par Roosevelt, qui ne prend pas en compte les domestiques et les travailleurs agricoles. Les ouvriers noirs demeurent licenciés en priorité par les patrons. L’alphabétisation et les conditions de logement progressent cependant, tandis que certains paysans noirs bénéficient de prêts et peuvent ainsi acheter des terres.


LE « NATIONAL NEGRO CONGRESS »



Philip Randolph, président du syndicat des porteurs de wagon-lit (emploi exclusivement noir), réussit en 1925 à s’imposer comme partenaire des négociations avec la puissante compagnie de chemins de fer Pullman, et organise des boycotts et piquets de grève. Au même moment, le CIO, syndicat nouvellement créé, recrute des Noirs dans ses rangs : les syndicats représentent dans les années 30 un rôle essentiel dans la constitution d’un front populaire contre le fascisme, et cela s’avère peu compatible avec la ségrégation exercée par l’AFL. En février 1936, 500 organisations forment le National Negro Congress contre la discrimination et le fascisme, présidé par Randolph. Ce front populaire éclate cependant en 1939 après la signature du pacte germano-soviétique. Randolph quitte le mouvement en dénonçant la domination exercée par le PC et le CIO.

Par ailleurs, une nouvelle floraison culturelle et intellectuelle (l’écrivain Richard Wright) naît à la même époque, tandis que Jesse Owen triomphe aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936.


LES NOIRS DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE : L’ÉCLATEMENT AU GRAND JOUR DES PARADOXES HONTEUX DE LA SOCIÉTÉ AMÉRICAINE


Au début de la guerre, le gouvernement recommande que la conscription et l’embauche soient exemptes de discrimination, sans pour autant intervenir directement en ce sens : ainsi, l’armée demeure ségréguée à l’entrée en guerre en décembre 1940. Une protestation s’enclenche avec Philip Randolph, qui veut organiser une marche sur Washington en janvier 1941. Pressé par les craintes de Roosevelt devant ce mouvement populaire, le Congrès annonce la déségrégation de l’industrie de guerre et de l’administration en juin 1941, et la marche est finalement annulée. C’est la première position officielle prise contre la discrimination au travail. Le Fair Employment Practice Committee est mis en place, mais rien ne bouge cependant dans le Sud.

Pendant la guerre, l’armée et le gouvernement assouplissent quelque peu dans les faits la règle stricte de séparation des races. L’armée demeure cependant ségréguée jusqu’en 1945 : il existe toujours des unités dites « de couleur ». Trois millions de soldats noirs sont sous les drapeaux, dont 500 000 sont envoyés outre-mer. Certains Noirs sont acceptés dans l’aviation, tout comme dans la marine, ce qui est une modification radicale, ainsi que des parachutistes noirs parmi les marines. Dans les camps d’entraînement, la tension monte parfois à cause de la ségrégation. Le général Eisenhower ne tolère ni dénigrement, ni vexation envers les Noirs. En 1945, il intègre des sections de soldats noirs à des régiments blancs sur le Rhin, et cette opération est un succès.

Dans les corps auxiliaires, l’industrie de guerre, les Noirs bénéficient également d’un rôle nouveau, certains se voyant enfin confier des emplois qualifiés, le nombre de ces derniers étant cependant très limité. Les Noirs rencontrent en réalité toujours des difficultés pour se faire embaucher, dans une société où l’économie tourne pourtant à plein régime, au sein d’un pays en guerre contre l’Allemagne raciste…

Par ailleurs, l’immigration du Sud vers le Nord se poursuit, et des émeutes éclatent à l’été 1943, à Detroit, à New York ou encore à Los Angeles, faisant des dizaines de morts.


L’APRÈS-GUERRE : SAUVER LES APPARENCES


Après la guerre, le retour des Noirs dans le Sud s’accompagne d’attaques et de lynchages : l’année 1946 est une des plus sombres selon la NAACP, et beaucoup de vétérans se réengagent dans l’armée.

Des observateurs et des journalistes noirs se sentent concernés par les idéaux humanitaires de la toute nouvelle ONU, ainsi que par la question de la décolonisation. En 1948 est publiée la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui rend de plus en plus évident le paradoxe américain. En 1946, une pétition est déposée par des militants noirs au Conseil économique et social pour demander l’aide de l’ONU dans la lutte contre la discrimination raciale. De la même manière, en 1951, le Civil Rights Congress dépose une pétition à l’ONU accusant le « génocide » subi par les Noirs aux Etats-Unis. Le département d’Etat américain affirme que le problème noir est un « problème intérieur » et ne relève pas des compétences de l’ONU. Le gouvernement essaie de sauver les apparences en confiant des postes à l’ONU à des Noirs.

Pendant ce temps, lentement, la cause de la déségrégation avance sous l’impulsion de militants.
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MessageSujet: Re: LE COMBAT NOIR AMÉRICAIN JUSQU’EN 1960   Ven 1 Juin - 22:18

TRUMAN ET L’ÉBAUCHE D’UNE DÉSÉGRÉGATION DANS L’ARMÉE ET LES SYNDICATS


Le nouveau président Harry Truman se dit déterminé à agir en faveur de l’égalité raciale, mais aucune mesure concrète ne suit. La colère monte parmi les leaders noirs, dont certains quittent le parti démocrate pour rejoindre le nouveau parti progressiste. En 1948 est signé un décret sur l’égalité des chances dans l’emploi et l’administration fédérale ; les démocrates du Sud font alors scission avec le parti, et de plus en plus d’électeurs noirs choisissent la branche plus « libérale » du Parti démocrate.

En 1949 est imposée la déségrégation des forces armées. Le gouvernement encourage également la déségrégation des associations ouvrières, mais les travailleurs du Sud demeurent isolés et impuissants. En 1955, l’AFL et le CIO fusionnent, et les deux vices-présidents sont des Noirs (dont Philip Randolph). Le gouvernement et l’administration semblent aller progresser vers une intégration raciale encore loin d’être garantie.

LA PERSISTANCE D’UNE SÉGRÉGATION DE FAIT MALGRÉ QUELQUES « PROGRÈS »


La ségrégation demeure ; certes, petit à petit, lieux publics, hôtels, restaurants ou encore cinémas sont déségrégués au cours des années 50, notamment à Washington, ville peuplée d’une grande proportion de Noirs. En 1949, 18 Etats ont même interdit la discrimination dans les lieux publics ; mais ces mesures ne touchent en réalité qu’un nombre très limité d’institutions. Par ailleurs, de plus en plus de représentants noirs sont élus ou désignés, aux différentes échelles, la question étant de savoir si cela traduit une véritable mutation sociale ou la volonté d’étouffer les revendications et de cacher les véritables problèmes par des mesures symboliques. De la même manière, et même si la grande industrie demeure hors de portée des entrepreneurs noirs, de petites sociétés de services sont tenues par des Noirs, et une bourgeoisie noire semble se former : on trouve quelques médecins, des avocats, banquiers, assureurs, etc.

L’écrivain noir E. Franklin Frazier, dans son ouvrage Black Bourgeoisie paru en 1955, critique ouvertement ces Noirs qu’il accuse de singer les Blancs et de rejeter leurs origines populaires en devenant des petits bourgeois, exclus de fait d’une bourgeoisie blanche. Cet ouvrage relativise les progrès accomplis en matière de droits civiques et économiques et signale que les Noirs sont très majoritairement maintenus à l’écart de la prospérité, miséreux dans le Sud ou confinés dans les ghettos du Nord.


L’EXODE CONTINU VERS LE NORD ET L’OUEST ET LA FLORAISON DES GHETTOS


Entre 1940 et 1970, cinq millions de Noirs déménagent vers le Nord et l’Ouest. La mécanisation dans les plantations de coton est en partie responsable de cet exode qui n’est pas pour déplaire à certains Sudistes, soulagés de voir partir les Noirs qui réussissaient parfois malgré tout à s’inscrire sur les listes électorales. Des offres d’emplois non-qualifiés abondent après guerre, et la grande ville industrielle de Chicago devient alors la capitale de l’Amérique noire : le Chicago Defender est le journal noir le plus diffusé ; on y trouve également le plus grande église baptiste ainsi que des forces militantes diverses.

Entassés dans des immeubles surpeuplés, interdits de fait d’exercer un grand nombre d’emplois, les Noirs des ghettos du Nord sont gagnés par le jeu, la prostitution, la délinquance. Bien-sûr, la police n’intervient pas dans les affaires entre Noirs. Les familles se décomposent et de nombreuses femmes se retrouvent seules à la tête du foyer. La coutume et la loi interdisent l’achat d’un logement dans une rue blanche. La condamnation des « contrats restrictifs » par la Cour suprême n’a servi à rien : les banques refusent d’accorder des prêts aux Noirs. Les ghettos font naître une psychose au sein de la population blanche qui fuit vers les banlieues en emportant avec elle les emplois : la ségrégation spatiale est encore accentuée. Ainsi, avec ou sans l’appui de la loi, la ségrégation s’impose dans la réalité quotidienne.


LE DÉBUT DU « MOUVEMENT DES DROITS CIVIQUES » : LE LANCEMENT DE LA LUTTE CONTRE LA SÉGRÉGATION SCOLAIRE ET L’« ARRÊT BROWN » DE 1954


Pendant les années 50, les avocats activistes de la NAACP, dont Thurgood Marshall, cherchent à obtenir gain de cause devant la Cour suprême dans des affaires de discrimination dans l’éducation : ils veulent demander le renversement de l’arrêt « Plessy versus Ferguson ». Entre 1950 et 1952, ils plaident cinq cas concernant la ségrégation scolaire devant la Cour suprême. Ils contestent la constitutionnalité de l’arrêt de 1896 au regard du XIVème amendement garantissant à tous les citoyens une « égale protection des lois » ; ils font appel à des facteurs psychologiques, en particulier le sentiment d’infériorité des Noirs.

Deux décisions de la Cour suprême rendues en juin 1950 amorcent le tournant décisif à venir de la grande institution : en mai 1954, la Cour présidée par Earl Warren rend une décision unanime (connue sous le nom d’ « arrêt Brown ») et déclare que « dans le domaine de l’instruction publique, la doctrine « séparés mais égaux » n’a pas sa place. Des établissements scolaires séparés sont intrinsèquement inégaux ». Thurgood Marshall proclame alors sa foi dans le système légal américain ; mais l’ensemble de la communauté noire se contente d’une satisfaction prudente, tandis que la gouverneur de Géorgie déclare que ce nouvel arrêt de la Cour suprême est un « chiffon de papier ». Plusieurs Etats du Sud le rejoignent : jamais le gouvernement fédéral n’avait subi d’aussi violentes critiques depuis la Guerre de Sécession.


LES MAIGRES CONSÉQUENCES DES TEXTES LÉGISLATIFS


Après 1954, rien ne semble avoir changé pour les Noirs, si ce n’est que la gouvernement américain a signifié qu’il a la responsabilité de faire respecter leurs droits. Le président Eisenhower n’est pas un partisan de la déségrégation, et aucune mesure concrète d’application n’accompagne l’arrêt Brown, même si en mai 1955 la Cour suprême donne ordre aux responsables de l’instruction publique de préparer des plans de déségrégation « avec toute la rapidité appropriée »… autant dire que la majorité des Etats attendent et ne font rien dans le sens de l’intégration scolaire. En 1964, dix ans après l’arrêt Brown, 2 % seulement des écoliers du Sud fréquentent des établissements « intégrés » .

En mai 1956, des représentants et sénateurs sudistes signent un manifeste contre l’ « abus de pouvoir judiciaire » et se déclarent prêts à employer « tous les moyens légaux pour obtenir l’annulation d’une décision contraire à la Constitution » (l’arrêt Brown). Par ailleurs, le Conseil des citoyens blancs, fondamentalement raciste, fait en sorte qu’aucun Noir partisan de l’intégration scolaire ne puisse conserver un emploi ou obtenir un crédit, et les membres de la NAACP sont systématiquement traqués et menacés.

Le Sud ne voulant pas se soumettre, les Noirs voulant conserver ces droits chèrement acquis, la bataille des Droits civiques s’engage : le mouvement des Droits civiques veut affronter face à face le racisme (institutionnalisé ou pas) et la ségrégation, tandis que le Sud est déterminé à « maintenir le Noir à sa place », par la loi ou par la force.
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MessageSujet: Re: LE COMBAT NOIR AMÉRICAIN JUSQU’EN 1960   Ven 1 Juin - 22:21

ROSA PARKS ET LE BOYCOTT DES BUS DE MONTGOMERY : L’ENTRÉE EN SCÈNE DE MARTIN LUTHER KING


A Montgomery, en Alabama, trois quarts des usagers des bus sont des Noirs, mais les dix premiers rangs demeurent réservés aux Blancs, comme tous les autres sièges en cas de surcharge du bus. Le 1er décembre 1955, Rosa Parks, employée noire, refuse de céder sa place à un Blanc dans le bus ; elle est arrêtée par la police. En réaction, des activistes noirs se lancent dans un boycott des bus de la ville, boycott efficace puisque les bus se retrouvent pratiquement vides dans les jours qui suivent. Rosa Parks est cependant jugée, reconnue coupable et condamnée à payer une amende. Ses avocats font appel.

Pour coordonner les efforts des activistes, les leaders noirs et les pasteurs de la ville créent une association que préside le pasteur noir de 26 ans Martin Luther King. Celui-ci, inspiré entre autres par les méthodes non-violentes de Gandhi et une morale chrétienne très marquée, prône des « actes de non-coopération », et appelle à « agir, et non haïr » dès les premières manifestations de Montgomery.

L’association rencontre les compagnies de bus de la ville, mais les discussions ne donnent rien en raison de l’intransigeance des compagnies. Le boycott continue alors, tandis que les taxis noirs offrent des transports à prix réduit pour les Noirs ; ces taxis sont systématiquement harcelés par la police. L’association se réunit régulièrement pour mettre en place des actions, et Martin Luther King inquiète la police et la mairie de la ville et se fait arrêter pour un prétendu excès de vitesse à la fin du mois de janvier ; par ailleurs, une charge de plastic explose devant sa maison, et il subit de nombreuses menaces de mort.

Cependant, la municipalité ne cède pas. L’appel dans l’affaire Rosa Parks traînant, les militants ne peuvent que choisir d’attaquer directement la ségrégation auprès de la justice. Les activistes portent alors plainte devant la cour fédérale du district en contestant la constitutionnalité de la ségrégation pratiquée dans les bus de la ville. Les avocats de la NAACP préparent le procès, bien qu’ils ne soient pas franchement partisans des méthodes de boycott pratiquées à Montgomery. Une collecte de fonds est également organisée. La municipalité pratique au même moment des arrestations massives, ce qui attire l’attention de la presse américaine mais aussi internationale : 89 inculpés sont emprisonnés au nom d’une loi interdisant les boycotts en Alabama… King est libéré sous caution, et il se rend dans le Nord pour effectuer une tournée de discours et récolter des fonds. Début juin, la Cour fédérale du district condamne les règles ségrégationnistes pratiquée dans les autobus, et le maire de Montgomery décide alors de faire appel devant la Cour suprême, qui confirme le verdict en novembre : la ségrégation dans les bus est donc déclarée inconstitutionnelle.

Martin Luther King met dès lors en place des ateliers pour former les Noirs à la non-violence et les entraîner à faire face à toute hostilité dans un esprit d’ « amour et de bonne volonté », tandis que des Blancs reprennent violences et attaques : les églises noires, les maisons des militants sont brûlées.

En 1957, plus de 60 pasteurs noirs forment la Southern Christian Leadership Conference (SCLC), présidée par Martin Luther King. Les Noirs sont de plus en plus nombreux à s’engager dans la lutte.


FACE AU SUD RACISTE CAMPÉ SUR SES POSITIONS, LES MILITANTS NOIRS OBTIENNENT CERTAINES VICTOIRES SYMBOLIQUES SANS GRANDE PORTÉE EN METTANT L’ÉTAT FÉDÉRAL EN FACE DE SES CONTRADICTIONS : L’EXEMPLE DE LITTLE ROCK


A partir de mai 1954, dans le Sud profond, un véritable défi est lancé par les habitants et les institutions locales aux institutions fédérales ; il faut dire que l’extrême réserve d’Eisenhower et de son gouvernement sur le sujet poussent d’autant plus les ségrégationnistes convaincus à défier la loi.

En Arkansas, la capitale Little Rock a déségrégué l’université, les bibliothèques, les parcs et les autobus ; de plus, 33 % des Noirs en âge de voter sont inscrits sur les listes électorales, ce qui est relativement élevé pour une ville du Sud. En profondeur cependant, les rapports interraciaux sont limités au strict minimum. En 1957, un seul lycée de la ville accepte d’inscrire quelques élèves noirs : neuf élèves soigneusement triés par l’administration. Devant la lenteur du processus, la NAACP réclame une intégration immédiate, porte plainte, mais perd le procès. Le gouverneur d’Arkansas Faubus pousse la Ligue des mères de Little Rock à entamer une procédure pour obtenir la suspension du plan d’intégration scolaire, à cause de prétendus risques de violence, et elles obtiennent gain de cause. La NAACP fait appel.

La veille de la rentrée scolaire, Faubus mobilise la Garde nationale de l’Etat autour du lycée et avertit que si les élèves noirs tentent de rentrer dans le lycée, « le sang coulera dans les rues ». Aucun des neuf noirs ne parvient à pénétrer sur le campus, mais sous les conseils des militants ils refusent de retourner dans un lycée noir. La Garde nationale bloque les abords de l’école. Eisenhower est dès lors contraint d’intervenir, le gouvernement étant directement défié. Il tente de convaincre Faubus, mais en vain. Fin septembre, des centaines de ségrégationnistes bloquent l’accès au lycée, chassent des journalistes qui parviennent à prendre des photos. Les lycéens noirs sont entrés dans le lycée par une porte latérale, et ils sont évacués par la police, sauvés de peu du lynchage que préconisait la foule. Le maire de la ville, tranchant avec l’attitude du gouverneur de l’Etat, décide alors d’agir et demande à Eisenhower de faire intervenir les troupes fédérales : il déclare : « nos opinions personnelles quant à la décision [de la Cour suprême] n’ont pas d’influence en ce qui concerne son application […] Il ne peut être permis à la loi de la populace de primer sur les décisions de nos tribunaux ».

Le 25 septembre, Eisenhower envoie les troupes fédérales : armée, jeeps, hélicoptères et parachutistes assurent l’entrée dans le lycée des neuf Noirs… Quand les militaires se retirent quelques jours plus tard, les étudiants subissent coups et insultes à l’intérieur de l’établissement. A la rentrée de l’année suivante, le gouverneur Faubus fait fermer les écoles publiques pour ne pas avoir à faire appliquer l’ « arrêt Brown » . La Virginie agit de même ; la Cour suprême déclare ces fermetures inconstitutionnelles. En 1960, à la Nouvelle-Orléans, des émeutes éclatent suite à l’intégration de 4 petites filles noires dans une classe de cours préparatoire.

L’intégration scolaire est dès lors transformée en question nationale. Le Sud se raidit dans ses traditions racistes, tandis qu’une nouvelle génération de militants fréquente les universités.


ÉTAT DES LIEUX A LA FIN DES ANNÉES 50


A la fin des années 50, le mouvement noir semble quelque peu dispersé en raison de rivalités personnelles et de divergences politiques quant aux objectifs fixés, notamment entre la SCLC, la NAACP, et des groupes locaux. La SCLC a par ailleurs quelque peu perdu de son aura après la fin du boycott de Montgomery.

En 1956, Eisenhower propose une loi en faveur du droit de vote pour tous, mais ce projet se trouve en difficulté au Congrès. Il est finalement adopté en septembre 1957 ; la législation demande la formation d’une commission sur les Droits civiques, et étend les compétences du ministre de la justice qui peut maintenant porter plainte pour défendre l’accès aux urnes des Noirs. Cette question du vote va dès lors occuper une place très importante dans le combat noir qui s’engage contre toute forme de ségrégation : déjà entamé depuis quelques années, le mouvement des Droits civiques est désormais lancé et déterminé.


Sources

Histoire des Noirs américains au 20ème siècle, Nicole Bacharan
Les Noirs aux Etats-Unis, Claude Fohlen
La société américaine, 1865-1970, Claude Fohlen
Histoire intérieure des Etats-Unis au 20ème siècle, Jacques Portes et Pierre Melandri

Trés bel article de synthèse

disponible sur le site :

http://www.acontresens.com/contrepoints/histoire/18.html
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