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 La saga de Tombstone par Eric Veillette

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Josey



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MessageSujet: La saga de Tombstone par Eric Veillette   Mar 29 Avr - 9:43

La saga de Tombstone par Eric Veillette.
Eric Veillette est un jeune historien Canadien qui écrit beaucoups sur l'époque du 19è aux Etats Unis. Je trouve son style simple et captivant. A vous d'en juger...

Aujourd'hui, Tombstone est probablement l'une des dernières villes de l'Ouest ayant conservé un cachet aussi authentique. Alors qu'en d'autres endroits il n'y a que des attrapes pour les touristes et des bâtisses reconstituées, à Tombstone on y retrouve à peu près les mêmes choses qu'en 1881. Évidemment, la ville doit sa célébrité à un événement qui n'a pourtant duré qu'une trentaine de secondes dans l'histoire : la fusillade de O.K. Corral.

À chaque coin de rue on retrouve des attractions payantes. Mais si vous appréciez vraiment l'histoire des cow-boys et de ceux qui ont immortalisé l'Ouest, vous serez comme moi et vous oublierez rapidement cet inconvénient.

À une certaine époque, la ville de Tombstone s'est retrouvée au centre même de la Conquête de l'Ouest. Le prospecteur Ed Schieffelin découvrit un gisement d'argent en 1877 dans cette partie du sud de l'Arizona, alors que la région était encore infestée d'Indiens hostiles. En août 1877, il se rendit jusqu'à Tucson pour enregistrer sa concession sous le nom de Tombstone. Pourquoi ce nom étrange?

Les gens du pays, qui connaissaient bien les dangers de s'aventurer dans la région, avaient dit à Schieffelin que tout ce qu'il trouverait serait sa pierre tombale, faisant allusion au fait qu'il ne vivrait pas longtemps. Alors, pour leur rendre la monnaie de leur pièce, il décida de nommer sa concession Tombstone, qui signifie en anglais « pierre tombale ».

À ses débuts, la petite ville était plutôt un campement pour les mineurs. Les tentes étaient éparpillées ici et là, sans ordre particulier. Mais c'est avec l'arrivée d'autres mineurs désireux de trouver du travail que de vrais bâtiments commencèrent à être érigés. Les commerçants affluèrent également vers la nouvelle ville champignon pour s'enrichir aux dépens des mineurs. Bientôt, on y retrouva des saloons et des maisons de jeux à toutes les deux ou trois portes. Tombstone connut un peu le même essor que Dodge City, à l'exception qu'elle fut fondée sur les concessions minières plutôt que sur le commerce du bétail. Néanmoins, cela n'empêcha pas les autorités de connaître de très sérieux problèmes avec des cow-boys. En fait, la tension entre les forces de l'ordre et les cow-boys atteignit un niveau qui n'avait même pas été vu à Dodge City.

Au début de décembre 1879, les frères Earp arrivèrent à Tombstone dans l'espoir de recommencer une nouvelle vie en famille et de s'enrichir aux tables de jeu et dans les investissements miniers. Jim Earp, un vétéran de la Guerre Civile, se retrouva bientôt à travailler comme barman dans un saloon. Virgil Earp jouissait toujours de son titre d'adjoint au U.S. Marshal Crawley Dake, en plus de se porter acquéreur de quelques concessions avec son frère Wyatt. Ce n'est que plus tard que Warren, le cadet de la famille, vint se joindre à eux.

Wyatt, qui avait fait respecter l'ordre à Dodge City, se trouva rapidement un emploi comme garde armé pour les diligences de la Wells, Fargo & Company, tout comme son jeune frère Morgan. Bien qu'il prétendait ne plus vouloir représenter la loi, il commença à s'intéresser sérieusement au poste de shérif du comté. Au cours de l'été 1880, il devint l'adjoint du Shérif Shibell.

C'est au début de 1880 que Johnny Behan arrivait lui aussi à Tombstone. Malgré une tache d'incompétence à son dossier, Behan fit preuve d'arrogance et ne se cacha pas du fait qu'il aimait fréquenter les endroits sombres de la ville. Bien qu'il courtisait la belle comédienne Joséphine Marcus, il n'hésitait pas à flirter avec les autres femmes. D'ailleurs, c'est une situation qui donna plus tard lieu à de chaudes disputes, car la jolie Joséphine tomba finalement dans les bras du séduisant Wyatt Earp quelques mois plus tard. Et lorsque Behan obtint le poste de shérif du nouveau Cochise County en janvier 1881, il ne tint pas la promesse qu'il avait faite à Wyatt en ne le choisissant pas comme adjoint.

Behan était un démocrate qui défendait presque ouvertement ces criminels du coin que l'on appelait simplement les Cowboys, ou encore les Rustlers. Les Earp, quant à eux, étaient des républicains et ils s'associaient davantage avec les hommes d'affaire et les gamblers (=joueurs pour de l’argent). Rare furent ceux qui pouvaient affirmer hors de tout doute qu'ils étaient neutres au sein de cette rivalité sans cesse croissante. Billy Breakenridge, l'adjoint de Behan, affirma être neutre, mais ses relations amicales avec Johnny Ringo et Curly Bill Brocius prouvèrent le contraire.
Johnny Ringo entretenait une sorte de mythe dans la région. Son attitude révélait une personnalité mystérieuse et imprévisible. Bien qu'il n'a jamais commis de crime grave à l'intérieur des limites de Tombstone, du moins officiellement, les gens avaient peur de lui. Sa réputation était celle d'un tireur exceptionnel et d'un combattant sans scrupules. Personne ne pouvait apparemment l'égaler. Toutefois, l'arrivée du dentiste gentleman Doc Holliday au cours de l'été 1880 vint rétablir, en quelque sorte, un certain équilibre entre Ringo et les citoyens de Tombstone. Holliday avait connu quelques déboires au Texas et au Nouveau-Mexique, mais il venait retrouver les frères Earp. Il était probablement le seul qui se moquait de la politique, mais sa fidélité faisait de lui un précieux atout dans le clan des Earp.

Wyatt Earp se procura des parts dans le Oriental Saloon et il y opéra aussi des tables de jeu. Un jour, ses adversaires démocrates décidèrent d'envoyer un dénommé Johnny Tyler pour nuire à ses affaires. Puisqu'il n'avait plus rien à perdre à cause de sa tuberculose, Doc Holliday décida de se charger lui-même du problème de Tyler. Le 11 octobre 1880, à l'intérieur du Oriental Saloon, Doc jouait au poker avec Tyler. Au bout d'un moment, la dispute éclata entre eux. Leur échange devint si intense que les deux hommes se levèrent debout pour se mettre en position, prêts à dégainer leur arme. Heureusement, le vaillant Marshal Fred White et son adjoint Virgil Earp se trouvaient déjà sur place, ce qui leur permit d'intervenir très rapidement. Une fois désarmé, Tyler décida d'abandonner face à la fureur dont avait fait preuve son adversaire. Mais après le départ de Tyler, Holliday retrouva son calme. Son revolver avait été confié au barman Milt Joyce, mais ce dernier refusa de lui remettre lorsqu'il s'approcha du bar pour le récupérer. Holliday s'offusqua encore une fois et il quitta l'établissement. Quelques minutes plus tard, il revenait avec un autre revolver au poing, décidant de régler le problème à sa façon contre ce barman démocrate. Doc lui tira dans la main et Joyce le frappa ensuite d'un bon coup à la tête, mais le frêle gambler tenait toujours sur ses jambes. Encore une fois, les deux hommes de loi durent intervenir.

La grande rivalité entre les Earp et les Cowboys remonte probablement à l'été 1880, peu de temps après que Wyatt ait obtenu son poste de shérif adjoint du Pima County. Un jour, le Lieutenant J. H. Hurst arriva à Tombstone avec un petit détachement de soldats afin de demander l'aide des hommes de loi pour retrouver des mules appartenant à l'armée qui avaient été volées au Camp Rucker. L'armée entretenait déjà des soupçons contre les frères McLaury. On les disait associés avec les Rustlers (=voleurs de bétail de chevaux). Le Lieutenant Hurst avait cependant besoin d'être accompagné de représentants de l'ordre officiels du comté. Virgil, Wyatt et Morgan Earp, de même que Marshall Williams, accompagnèrent Hurst jusqu'au ranch des McLaury.

Une fois sur place, ils ne trouvèrent pas les mules, mais dénichèrent certaines preuves de leur passage sur le ranch. Entre autres, il y avait des fer à marquer servant à modifier les symboles des autres propriétaires pour masquer la provenance exacte des animaux. La présence des Earp souleva la colère de Tom et Frank McLaury. Ces derniers disaient qu'ils n'avaient rien à faire loin de Tombstone et qu'ils n'avaient qu'à se mêler de leurs affaires. Cet incident, malgré ses conséquences mineures, serait l'un des éléments qui a fait en sorte de commencer à creuser le fossé entre les Earp et les Cowboys, entre les républicains et les démocrates, entre les Gamblers et les Rustlers.
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Josey



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MessageSujet: Re: La saga de Tombstone par Eric Veillette   Mar 29 Avr - 9:43

La menace des Cowboys ne s'est cependant pas fait sentir à l'intérieur même de la ville de Tombstone avant le 27 octobre 1880. Ce soir-là, certains Cowboys ivres bouleversèrent l'ordre publique. Le Marshal Fred White tenta d'intervenir auprès de Curly Bill Brocius, l'un des plus importants membres de cette organisation criminelle. White lui demanda de rendre ses armes. Curly Bill, qui était visiblement en état d'ivresse avancé, présenta ses deux six-coups au marshal avec les crosses en avant. Mais avec la dextérité d'un expert, il exécuta une manouvre connue sous le nom de « road agent's spin », ce qui consiste à faire pivoter l'arme à l'aide de l'index dans le pontet et ainsi retourner le canon dans la direction opposée.

Un coup de feu claqua et le Marshal White s'écroula. Son adjoint Virgil Earp intervint rapidement et procéda à l'arrestation de Curly Bill avec l'appui de ses frères Wyatt et Morgan qui avaient accouru sur les lieux du drame. Aujourd'hui, une pancarte indique le lieu où White fut abattu. En fait, le Bird Cage Theatre, qui ouvrit ses portes le 26 décembre 1881, fut érigé l'année suivante sur cet emplacement.

Curly Bill plaida sa cause en expliquant qu'il s'agissait d'un accident. De plus, le Marshal White avait dit juste avant de mourir que Curly Bill n'avait pas fait exprès. Le hors-la-loi fut donc relâché pour manque de preuves.

Par conséquent, Virgil Earp hérita du poste de marshal par intérim. Le 12 novembre 1880, Virgil perdit cependant les élections au profit de Ben Sippy qui récolta 311 votes, contre 259 pour Virgil. Cette victoire risquait cependant d'être temporaire, puisque les vraies élections étaient attendues pour janvier 1881. Mais encore une fois, Virgil fut battu. Et au cours de ces mêmes élections de janvier 1881, John P. Clum, fondateur du journal républicain The Tombstone Daily Epitaph, fut élu maire de la ville.

Pendant ce temps, Curly Bill continuait de terroriser la région. Il ouvrit le feu avec ses amis à l'intérieur même d'une église de la petite communauté de Charleston, expulsant même le prêtre. Quant à Johnny Ringo, il refroidit un homme qui avait seulement osé voler le cheval d'un ami.

En février 1881, Wyatt Earp vit deux de ses vieux amis de Dodge City venir le rejoindre à Tombstone : Luke Short et Bat Masterson. Short, qui affrontait ses adversaires en faisant preuve d'un calme déconcertant, ne resta toutefois pas bien longtemps à Tombstone. Le 25 février 1881, à l'intérieur du Oriental Saloon, il se disputa avec un dénommé Charlie Storms. Grâce à l'insistance de Masterson, Storms quitta l'établissement dans une fureur épouvantable. Quant à Short, il resta toujours aussi calme.

Quelques minutes plus tard, alors que Short et Masterson discutaient tranquillement à l'extérieur du Oriental Saloon, Storms revint vers eux avec un revolver à la main. Du coin de l'oil, Masterson fut le premier à le voir. Il ne lui fallut qu'une courte fraction de seconde pour comprendre ce qui allait se passer. Il s'écarta aussitôt, laissant ainsi Short lui faire face.

Aveuglé par sa rage, Charlie Storms pressa froidement la détente sans viser correctement. Luke Short était toujours debout. Avant même que Storms ne tir une seconde fois, le petit gambler dégaina son propre six-coups et appuya la bouche du canon contre la poitrine de son rival. La balle traversa carrément la carcasse de Storms, qui s'écroula dans la poussière. Il succomba à sa blessure à peine quelques secondes plus tard.

La structure originale du Oriental Saloon brûla en 1882, mais il fut rebâti en peu de temps. Aujourd'hui, le saloon a été transformé en boutique souvenir pour les touristes.

La rivalité entre républicains et démocrates atteignit son paroxysme le 15 mars 1881. Ce soir-là, Bud Philpot conduisait sa diligence dans la région de Contention. Son garde armé, assis à sa droite, était l'homme de loi d'expérience Bob Paul. Soudain, Bud Philpot immobilisa son véhicule puisqu'il était victime de douloureuses crampes intestinales. Les deux hommes échangèrent donc leur place; Bob Paul se retrouvant assis à gauche, aux commandes de l'attelage.

Peu de temps après, de mystérieux hors-la-loi surgirent sur la route pour immobiliser la diligence. Sans avertissement, des coups de feu éclatèrent, tuant sur le coup Philpot et un passager nommé Peter Roerig. Certains crurent par la suite que l'attaque avait seulement pour but d'abattre Bob Paul. Comme il avait changé de place, c'est le pauvre Philpot qui fut victime de l'attentat. Cette hypothèse est appuyée par le fait que les agresseurs ne volèrent pas un seul dollar au cours de cette attaque. Bob Paul s'empressa de faire démarrer le véhicule à toute vitesse sous les coups de feu, ce qui sauva le reste des passagers.

Immédiatement, le Marshal Adjoint Fédéral Virgil Earp organisa sa propre équipe de recherche composée de ses frères, mais aussi de Bat Masterson, Doc Holliday et quelques compagnons. Quant à Johnny Behan, shérif du tout nouveau Cochise County, il organisa sa propre équipe. Le groupe de Virgil trouva un dénommé Luther King qui avoua avoir simplement tenu les chevaux pour les trois autres bandits qu'il identifia comme étant Jim Crane, Billy Leonard et Harry Head.

Luther King fut immédiatement confié au Shérif Behan pour être emprisonné à Tombstone, tandis que les équipes poursuivaient leurs recherches. Curieusement, King s'évada avec une incroyable facilité quelques minutes seulement après son incarcération. Cet incident n'aida en rien la mauvaise réputation de Behan et de la rumeur qui faisait de lui l'ami des Rustlers.



Doc Holliday avait été l'ami de Billy Leonard. Toutefois, Doc ne le connaissait pas sous cette facette. Il en fut d'ailleurs le premier étonné. Mais Behan et ses acolytes profitèrent de cette faille pour attaquer leurs adversaires en accusant directement Holliday d'avoir participé à cette attaque meurtrière. Behan alla jusqu'à soûler volontairement Kate Elder pour lui faire signer une déclaration sous serment incriminant son conjoint. Doc fut arrêté, mais il en avait vu d'autres. Les Earp se chargèrent de l'aider, car ils savaient bien que Doc n'avait rien à voir dans cette affaire.

En avril 1881, Bat Masterson retourna à Dodge City pour aider son frère Jim qui était aux prises avec des brutes. Le 6 juin, le Marshal Ben Sippy quitta la ville pour des raisons inconnues et Virgil Earp le remplaça en attendant son retour. Mais Sippy ne remit jamais les pieds à Tombstone. Avant la fin du mois, Virgil hérita définitivement du poste de marshal de la ville.

Billy Leonard et Harry Head, deux des trois suspects recherchés pour l'attaque de Contention, furent tués au Nouveau-Mexique le 6 juin. Quant au troisième, Jim Crane, il perdit la vie lors d'une violente fusillade deux mois plus tard au cour du Guadalupe Canyon. Lors de ce combat, le père des Clanton fut également tué. Son fils Ike, qui était connu pour sa grande gueule, accusa les Earp et Holliday d'avoir été à l'origine de cette fusillade, bien que les survivants ont clairement témoigné à l'effet qu'il s'agissait de Mexicains.

En septembre, un autre vol de diligence fut commis. L'équipe des Earp retrouva deux des voleurs : Frank Stilwell et Pete Spencer (ou Spence). La tension grimpait de plus en plus dans la région. Ike Clanton avait fait un pacte avec Wyatt Earp pour retrouver Crane, Leonard et Head. Cela revenait à dire qu'il dénonçait des amis. Si les Rustlers apprenaient ça, Ike était un homme mort. Il devint hystérique en se mettant dans la tête que Wyatt avait parlé de leur pacte secret à ses frères, à Holliday et à quelques républicains.

En fait, cette tension conduisit tout droit à la légendaire fusillade de O.K. Corral.
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Josey



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MessageSujet: Re: La saga de Tombstone par Eric Veillette   Mar 29 Avr - 9:44

Au soir du 25 octobre 1881, Ike Clanton se trouvait dans une salle à manger de Tombstone lorsque Doc Holliday et Morgan Earp entrèrent. Ike avait déjà proféré des menaces à l'endroit de Doc, alors celui-ci ne se gêna pas pour provoquer le Cowboy. Ike lui répondit qu'il n'était pas armé, mais Doc lui répliqua qu'il ferait mieux d'aller s'armer et de revenir immédiatement pour en finir. C'est en panique que Clanton se sauva. Durant toute la nuit, il joua aux tables de jeu de la ville en proférant ouvertement des menaces de mort contre les Earp et Holliday.

Au matin du 26 octobre, Ike, qui n'avait toujours pas fermé l'oil de la nuit et dont le sang contenait encore des traces d'alcool, continua de circuler dans les rues en répétant ses menaces. Mais cette fois, il était armé d'un revolver et d'une carabine. Bien sûr, ces nouvelles parvinrent jusqu'aux oreilles du Marshal Virgil Earp et de ses frères. Un peu après midi, Virgil et Morgan arrêtèrent Ike pour port d'arme illégal, mais il fut rapidement remis en liberté après avoir payé une caution de 25$. À la sortie du palais de justice, Wyatt connut une altercation avec Tom McLaury, qui semblait dissimuler un revolver dans la poche de son pantalon. Il le frappa avec la crosse de son Colt et Tom prit la fuite avec une plaie à la tête.

Vers 14h00, Frank McLaury et Billy Clanton arrivèrent en ville. Doc Holliday leur serra poliment la main en démontrant toutefois un ton arrogant. Cela collait parfaitement à sa personnalité plutôt sarcastique. Les Earp et Holliday se rassemblèrent devant le Hafford's Saloon, au coin de Allen et de la 4e rue. À tour de rôle, des citoyens vinrent à leur rencontre pour les avertir des menaces que les quatre Cowboys, également accompagnés de Billy Claiborne, proféraient à leur endroit. Le Shérif Johnny Behan alla alors à la rencontre des Clanton et des McLaury pour tenter de les raisonner.

Pendant ce temps, le Marshal Earp attendait avec ses acolytes, laissant une chance à Behan de se racheter et de régler ce problème. Mais après quelques minutes, Virgil aurait alors demander à Holliday, qui ne représentait pas la loi, de lui porter assistance dans l'exercice de ses fonctions. Doc eut alors un petit sourire moqueur au coin des lèvres, confiant au marshal qu'il attendait ce moment depuis longtemps. Tout semble indiquer que Virgil ne souhaitait cependant pas de bain de sang et il aurait simplement choisi Holliday pour sa fidélité envers la famille Earp et aussi pour sa réputation de fine gâchette, au cas où les choses tourneraient vraiment mal.

La machine de guerre se mettait en marche. Vêtus comme des gentlemen à la dernière mode, les quatre hommes descendirent du trottoir de bois. Avant d'entreprendre leur périple vers l'enfer, Virgil se tourna une dernière fois vers Doc. Souhaitant sans doute éviter de l'affolement chez les citoyens, il offrit d'échanger son puissant fusil de chasse contre la canne de Doc. Le gambler empoigna jalousement le fusil qu'il dissimula aussitôt sous son long manteau gris. Un oeil averti pouvait remarquer facilement la présence de l'arme, car les canons touchaient presque le sol malgré les six pieds de Holliday. Son manteau n'était malheureusement pas assez long pour le cacher totalement de la vue des curieux, mais Virgil avait décidé qu'il y serait moins visible que dans ses propres mains.

D'un pas trahissant leur détermination, les quatre compagnons entamèrent leur marche sur la 4e rue. Côte à côte, ils avançaient vers la rue Frémont, là où ils tourneraient ensuite sur leur gauche pour se diriger vers ce petit terrain vacant situé derrière le O.K. Corral.

À ce moment-là, le Shérif Behan tentait toujours de raisonner les Clanton et les McLaury, mais quand il vit apparaître au loin ces quatre justiciers, il sautilla et courut vers eux pour essayer de les arrêter. Les cow-boys n'étaient pas encore montés en selle, mais les chevaux de Billy Clanton et de Frank McLaury se trouvaient avec eux, sur ce petit terrain vacant. Contrairement à certaines versions, la célèbre fusillade ne s'est pas déroulé à l'intérieur même du O.K. Corral ou sur un vaste terrain comme le laisse croire la scène dans le film « Tombstone » de 1994. En fait, l'action s'est plutôt déroulé sur un petit terrain vacant d'une quinzaine de pieds de largeur situé derrière le O.K. Corral et entre la maison Harwood et le studio du photographe Camillus Fly.

« Je suis ici pour les désarmer », s'empressa d'expliquer Behan en sautillant autour des Earp.

Probablement à cause de l'excitation qui régnait dans l'air, Wyatt comprit à ce moment-là que Behan avait désarmé les cow-boys. Le shérif essaya de les arrêter, mais rien à faire. Les quatre grands gentlemen ignoraient même sa présence.

Lorsqu'ils passèrent devant la boucherie de Bauer, une passante entendit un bref échange entre deux d'entre eux.

« Laissons-leur avoir ce qu'ils veulent », entendit-elle de la bouche de l'un des Earp.

- « D'accord! », confirma Holliday.

Les quatre hommes de loi se présentèrent finalement devant le petit terrain vacant, faisant maintenant face à Ike et Billy Clanton, Frank et Tom McLaury, ainsi que Billy Claiborne. Quelques paroles furent échangées, mais le Marshal Earp leur indiqua qu'il était venu pour les désarmer et les arrêter. Après tout, les Cowboys proféraient des menaces depuis longtemps déjà et ils entraient aussi en contradiction avec le code municipal qui interdisait le transport des armes dans les limites de la ville.

Une grave erreur fut alors commise par Tom McLaury. Insistant pour démontrer qu'il n'était pas armé, il empoigna les revers de sa veste pour l'ouvrir, mais dans un tel moment de tension ce geste fut interprété comme une tentative de dégainer. La riposte fut immédiate. On croit aujourd'hui que les premiers à ouvrir le feu furent Doc et Morgan, bien qu'il est tout à fait plausible que l'un des cow-boys ait également tiré en même temps qu'eux. Il ne fallait surtout pas oublier que cette tension extrême entre les deux clans durait depuis quelques mois déjà. Un simple geste a été suffisant pour tout déclencher.

« JE NE VEUX PAS ÇA! », cria Virgil tout en brandissant la canne à pommeau d'or de Holliday. Mais il était trop tard. La plus célèbre fusillade de l'Ouest venait d'éclater.

Sur le coup, Frank McLaury n'avait pas ressenti la douleur qui accompagnait la balle qui lui avait été réservée. Son corps n'avait pas bronché d'un poil, ce qui lui permit de dégainer son six-coups sans problème. Toutefois, une faiblesse s'empara bientôt de lui. Le projectile l'avait atteint au ventre. Son arme dans une main et les reines de son cheval dans l'autre, il entama une marche désespérée droit devant lui. En dépit de sa blessure, il parvenait à tenir son cheval énervé près de lui. Évidemment, tous ces coups de feu n'avaient rien de bien rassurant pour l'animal. Sans trop savoir pourquoi, Frank remit son revolver dans son étui.
Un autre projectile pénétra directement dans la poitrine du jeune Billy Clanton. Tom avait maladroitement déclenché les hostilités, mais deux de ses amis payaient déjà pour lui la dette de son erreur. Billy se mit rapidement à tituber sans trop savoir où aller. Le sang coulait entre sa peau et sa chemise, alors qu'une extrême sensation de brûlure lui tenaillait l'intérieur du corps. Il se plaqua contre le mur de la maison Harwood, se laissant glisser vers le sol. Malgré sa position inférieure, le jeune Clanton n'avait toujours pas dit son dernier mot. Il tenait déjà son revolver dans sa main.

Virgil transféra la canne dans sa main gauche pour lui permettre de prendre son six-coups. En concomitance avec Wyatt, il pointa son arme en direction de l'ennemi, à la seule exception qu'il n'osa pas presser la détente tout de suite. Par contre, Wyatt osa.

Billy Clanton se trouvait par terre, mais il pointait courageusement son revolver vers eux. Ike ne savait plus où donner de la tête, alors que Tom semblait vouloir s'abriter derrière le cheval de Billy. Seuls les réflexes des combattants dirigeaient le destin de cette fusillade. Il n'y avait plus aucune place pour la raison. Chaque homme n'écoutait que son instinct de survie.

Pendant que Doc dressait devant lui les deux canons de son puissant fusil de calibre .10, Billy Claiborne devint hystérique lorsqu'un projectile troua le bas de son pantalon. La balle provenait sans doute de l'arme de Wyatt. Par chance, Claiborne n'était pas blessé mais il venait de comprendre qu'en s'éternisant sur place il finirait ses jours entre quatre planches. Dans des gestes paniqués, il s'écarta de ses copains pour pénétrer chez le photographe Camillus Fly à l'aide d'une porte latérale. Enfin hors du champ de vision des Earp, il était à l'abri. Le combat n'était plus que quatre contre quatre.

Doc pointa son fusil sur Tom McLaury. Ce dernier cherchait une issue pour échapper à son triste destin, mais le temps jouait contre lui. Il piétinait près du cheval de Billy, cherchant à s'emparer d'une carabine fixée à la selle de celui-ci. Tout se déroulait trop vite. Il eut un regard en direction de Holliday. Il figea sur place en constatant que le gambler tuberculeux lui réservait une étonnante surprise. Doc pressa la détente. Les douze plombs que contenait la décharge de l'un des canons heurtèrent Tom de plein fouet. Sous la puissance de l'impact à courte portée, le cow-boy trébucha et s'étala de tout son long dans la poussière. En considérant que le terrain vacant où se déroula toute l'action ne faisait qu'une quinzaine de pieds de largeur, c'est à bout portant que les hommes se tiraient dessus. Tom n'avait donc aucune chance devant un calibre .10.

Pendant ce temps, Frank avançait toujours vers la rue Frémont. De sa main gauche, il couvrait sa plaie sanglante à l'abdomen alors qu'il tenait solidement les reines de sa monture avec son autre main. Envahi par la douleur, il parvenait difficilement à déposer un pied devant l'autre. Néanmoins, il se faufila entre les Earp, à quelques pieds d'eux, car ceux-ci étaient davantage occupés par l'éventuelle riposte meurtrière de Billy Clanton. Restait aussi à savoir si Ike ne cachait pas une arme lui aussi.

Le Marshal Virgil Earp n'avait toujours pas tiré. Désemparé par la tournure des événements, il s'était transformé en un témoin horrifié et impuissant. Comment en étaient-ils arrivé là?

Apparemment sans armes, Ike cherchait à fuir les lieux du massacre. Il avait brièvement aperçu du coin de l'oeil son copain Claiborne se mettre à l'abri chez Fly, alors il avait bien l'intention de faire de même. Il n'avait cependant pas le temps de se rappeler que ses propres stupidités avaient finalement mené à cette épouvantable fusillade. Son jeune frère souffrait d'une importante blessure, mais malgré cela, Ike préféra se concentrer sur sa propre survie. La panique s'était emparée de lui. Pourtant, il n'avait cessé de répéter à tout le monde son désir de se mesurer aux Earp. Maintenant, c'était son jeune frère et les McLaury qui en payaient le prix.

Dans sa tentative de fuite, Ike longea le mur extérieur de la demeure de Fly. Il s'approchait dangereusement de ses quatre adversaires, espérant seulement que ceux-ci ne puissent le repérer. C'est en mettant les pieds sur la rue Frémont qu'il se retrouva nez à nez avec Wyatt.

« ALORS, FILS DE PUTE! », hurla Wyatt en le fixant de ses yeux meurtriers. « TU L'AS TON COMBAT MAINTENANT. .C'EST CE QUE TU VOULAIS? T'ES QUAND MÊME PAS POUR PARTIR COMME ÇA? »

Wyatt brandissait son Colt sous le nez de Ike. Il savait pertinemment que Ike ne portait aucune arme, alors il ne pouvait se permettre la fantaisie d'abattre un homme dans ces conditions. Par un simple geste de nervosité, Ike empoigna le bras par lequel Wyatt tenait son six-coups. Son intention n'était pas de le désarmer mais plutôt de le repousser afin de se frayer un chemin vers la liberté. Il réussit. Après avoir légèrement écarté Wyatt de sa route, il courut dans la rue Frémont pour s'éloigner de cet enfer.

Au grand plaisir des touristes, des acteurs costumés redonnent vie à la fusillade de O.K. Corral chaque jour dans les rues de Tombstone, Arizona.

Toujours accroupi, l'épaule contre le mur, Billy Clanton reçut une deuxième blessure. Cette fois, la balle effleura son poignet. Il confia alors son six-coups à sa main gauche et pointa l'arme sur l'ennemi. Instinctivement, il arrêta le choix de sa cible au hasard. Il visa le marshal. En pressant la détente, le projectile frappa de plein fouet la cuisse de Virgil. Ce dernier s'écroula sur le coup, comme si on venait de lui couper les jambes avec une scie géante.

Grâce à l'adrénaline du combat, Virgil se releva dans la seconde qui suivit. Maintenant, on ne lui laissait plus d'autres alternatives. Il devait faire feu. Il pointa son arme et tira. Pendant ce temps, Doc et Morgan concentraient leurs efforts à se débarrasser de Frank McLaury. Quant à Wyatt, il s'était retourné calmement en abandonnant la possibilité de pouvoir en finir avec Ike. Donc, il épaula son grand frère dans sa lutte contre Billy Clanton.
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Josey



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MessageSujet: Re: La saga de Tombstone par Eric Veillette   Mar 29 Avr - 9:45

Encore une fois, Billy visa et tira. Une autre silhouette tomba. Y avait-il un mort chez les Earp? Cette silhouette était celle de Morgan. Aussitôt, Doc eu une pensée de vengeance pour son fidèle ami. Heureusement, Morgan se releva tout aussi vite que le sol l'avait accueilli. Le projectile avait traversé son corps d'une épaule à l'autre, brisant une vertèbre au passage. Miraculeusement, il n'accusait aucune grimace de douleur, du moins pour l'instant.

Frank parvint à franchir la ligne ennemie pour se retrouver au milieu de la rue Frémont. D'un geste entêté, il traînait encore son cheval avec lui. Mais à présent, il semblait avoir retrouvé une parcelle de vigueur. Il tentait d'atteindre la carabine se trouvant dans l'étui fixé à sa selle. Malheureusement pour lui, il constata vite que la tâche devenait impossible à réaliser avec cet animal rendu trop nerveux par toutes ces détonations qui claquaient tout autour. Lui et son cheval tournaient en rond, l'un courant après l'autre. À un certain moment, Doc pensa même que Frank essayait de remonter en selle pour prendre la fuite.

Finalement, Frank dut se contenter de son revolver. Il dégaina dans un mouvement affecté par la douleur. Sa blessure abdominale laissait échapper beaucoup de sang. Puis, comme il fallait s'y attendre depuis un bon moment déjà, son cheval s'emballa plus que jamais. D'une seule main, il ne put le retenir. L'animal échappa à l'emprise de son propriétaire et le quitta au grand galop. Seul dans la rue, Frank se retrouvait abandonné entre les mains de Doc et Morgan.

« MAINTENANT, JE VAIS T'AVOIR! », hurla Frank en fixant Holliday de ses yeux cruels.

- « Vaudrait mieux pour toi être bon tireur, Frank », répliqua Doc en lui offrant sa chance.

Sur ces mots, Doc poussa l'audace jusqu'à ouvrir ses bras en forme de croix, écartant du même coup la menace de son revolver envers le cow-boy. Il s'offrait à lui comme une vierge lors d'un rituel satanique. Frank ne manqua pas de saisir cette incroyable chance qui lui était offerte par ce gambler suicidaire et devenu ivre par l'adrénaline du combat. Il tira sans hésiter.

Le projectile de Frank toucha le ceinturon de Holliday, blessant légèrement sa peau au niveau de ses hanches. Désolé d'avoir raté son coup, Frank connaissait le destin qui lui était maintenant réservé. Il avait eu sa chance, mais Holliday était toujours debout. Les armes de Doc et Morgan se dressèrent dans un même mouvement. Les coups de feu claquèrent. En dépit d'une blessure à la tête, les jambes de Frank le supportaient encore. Ses doigts se déplièrent faiblement pour laisser tomber son six-coups dans la poussière. Il exécuta quelques pas instinctifs en titubant, puis s'écroula en bordure du trottoir à l'intersection de Frémont et de la 3e rue.

Au même instant, Billy Clanton recevait une troisième blessure. Il respirait encore, mais il était hors de combat. La fusillade n'avait durée qu'une trentaine de secondes mais elle venait de passer à la postérité. Malgré ce qui venait de se produire, le sang n'avait pas fini de couler à Tombstone. Les Rustlers n'étaient pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.

La fusillade de O.K. Corral n'avait durée qu'une trentaine de secondes, mais elle avait coûté la vie à Billy Clanton et aux deux frères McLaury. Une enquête du coroner se déroula durant deux jours afin d'entendre les nombreux témoins.

Le 29 octobre 1881, Virgil Earp se vit retirer son insigne de marshal. Ike Clanton remplit une plainte officielle contre les Earp et Doc Holliday, ce qui conduisit à la commission d'enquête présidée par le Juge Wells Spicer. Durant tout le mois de novembre les avocats interrogèrent les nombreux témoins. Après 30 jours d'audience le Juge Spicer déclara qu'il n'y avait pas matière à faire un procès. Il critiqua certains aspects de l'intervention des Earp et de Holliday, mais il leur rendit tout de même leur liberté.

Insatisfaits du verdict, les dangereux Rustlers dressèrent une liste noire des hommes à abattre chez les républicains. Leur première cible fut le maire John P. Clum, un ami des Earp. Le 14 décembre 1881, alors qu'il se dirigeait vers Benson en diligence pour y prendre le train vers Washington, des hommes passèrent à l'attaque. Les mystérieux bandits ouvrirent le feu sans le moindre avertissement. Heureusement, le conducteur put maîtriser son attelage et s'éloigner du danger. Pour éviter de risquer la vie des autres passagers, Clum descendit dans le noir et rentra seul à Benson avec un cheval qu'il emprunta sur une propriété des environs.

Le 16 décembre, Milt Joyce, le barman démocrate du Oriental Saloon, menaça ouvertement Wyatt Earp. Le lendemain, alors que Wyatt jouait tranquillement aux cartes avec Doc à l'intérieur du Alhambra Saloon, Joyce se présenta de nouveau, mais avec un fusil cette fois. Doc conserva un calme quasi parfait en osant même se moquer de ce crétin impulsif. Le Shérif Johnny Behan parvint à le raisonner et tout rentra dans l'ordre.

Le 26 décembre, le célèbre Bird Cage Theatre ouvrait ses portes. Deux jours plus tard, Virgil était victime d'un violent attentat à sa sortie du Oriental Saloon. Deux puissantes décharges de fusil de chasse le heurtèrent dans le côté gauche, rendant son bras complètement paralysé pour le reste de sa vie. Durant les semaines à venir, son état demeura très critique. Le médecin ne lui donnait d'ailleurs que très peu de chances de survie.

Wyatt envoya un télégramme d'urgence au U.S. Marshal Crawley Dake afin de se faire lui-même nommer marshal adjoint pour remplacer son frère. En plus de l'appui de Morgan et de Doc, Wyatt s'entoura de certains mercenaires coriaces tels que Sherman McMasters, Turkey Creek Jack Johnson et Texas Jack Vermillion. Ensemble, ils commencèrent à rôder dans la région pour tenter de faire respecter les mandats émis contre les suspects soupçonnés d'avoir tiré sur Virgil. Wyatt et ses acolytes, aidé de certains cow-boys travaillant pour l'éleveur Henry Clay Hooker, saccagèrent littéralement le village de Charleston, le repaire des Rustlers.

Le 17 janvier 1882, Doc Holliday, en présence de son grand ami Wyatt, affronta verbalement le dangereux Johnny Ringo dans une rue de Tombstone. On ignore aujourd'hui les propos exacts qu'ils ont tenu, mais selon les témoins Holliday paraissait très décontracté alors que Ringo, la terreur du Cochise County, était énervé. Doc avait réussi à le mettre en colère et à faire de lui son pire ennemi. Avant que la dispute ne tourne en duel, les deux protagonistes furent séparés par le Shérif Adjoint Breakenridge. Ringo et Holliday déboursèrent une légère amende et ils furent libérés. C'était un combat qui restait à finir.
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Josey



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MessageSujet: Re: La saga de Tombstone par Eric Veillette   Mar 29 Avr - 9:45

Malgré leur croisade vengeresse, les Earp en eurent bientôt assez de toute cette guerre et ils commençaient à penser à quitter Tombstone pour de bon. Mais avant de partir, ils devaient régler quelques affaires en ce qui concernait leurs investissements miniers et autres. Quant à Doc, il les suivrait, peu importe leur choix.

Le 18 mars 1882, à la veille de son départ, Morgan fut assassiné sous les yeux de Wyatt dans une salle de billard de Tombstone. Cette fois, Wyatt laissa la pitié de côté. Doc, qui était très attaché au jeune Morgan, eut la même réaction. La croisade de Wyatt Earp et de ses mercenaires allait débuter.

Le 20 mars 1882, les Earp et leur famille arrivèrent à Tucson par le train. Ils y faisaient un bref arrêt avant de regagner la Californie avec le corps de Morgan. Virgil, qui se déplaçait enfin par ses propres moyens, se chargeait d'escorter le cercueil jusqu'à Colton, chez ses parents. Frank Stilwell, un Rustler fortement soupçonné du meurtre de Morgan, rôdait autour de la locomotive dans la gare, probablement pour tenter d'en finir avec ses ennemis. Stilwell fut cependant abattu au côté des rails dans le noir par Wyatt Earp et Doc Holliday. Tandis que Virgil rentrait en Californie avec son épouse et le corps de Morgan, Wyatt Earp, Warren Earp, Doc Holliday, Sherman McMasters, Texas Jack Vermillion et Turkey Creek Jack Johnson reprenaient une dernière fois le chemin de Tombstone.

Le 21 mars 1882, le Shérif Behan tenta d'arrêter Wyatt et ses acolytes à leur sortie du Cosmopolitan Hotel, mais ceux-ci lui firent honte en faisant ressortir son incompétence. Ils refusèrent tout simplement de se soumettre à lui et Behan resta immobile et muet devant ces hommes lourdement armés et au regard déterminé. Toutefois, le lendemain matin, Behan forma sa propre équipe de volontaires pour se lancer à leurs trousses. Du même coup, il dévoilait au grand jour son alliance avec les Rustlers puisque son équipe était composée de Johnny Ringo, Ike Clanton et de nombreux autres bandits du genre.

Le 22 mars, Wyatt et ses compagnons poursuivirent leur croisade en éliminant Florentino Cruz dans les Dragoon Mountains. C'est d'ailleurs dans ces mêmes montagnes que le légendaire chef indien Cochise était mort en 1874.

L'équipe de Wyatt Earp semait maintenant la terreur chez les Rustlers. Plusieurs suspects vinrent se rendre aux autorités de Tombstone pour profiter de la sécurité de la prison. Mais le 24 mars, dans une autre chaîne de montagnes au nord-est de la ville, une fusillade éclata entre les mercenaires de Wyatt et une bande de Cowboys. Wyatt affirma plus tard y avoir tué le notoire Curly Bill Brocius, mais aucune preuve n'a pu être apporté jusqu'à maintenant pour appuyer cette affirmation. D'un autre côté, cependant, Curly Bill n'a jamais été revu après cette date.

Avec l'équipe du Shérif Behan aux fesses, Wyatt et ses copains furent obligé de quitter l'Arizona. On avait émis des mandats contre eux pour le meurtre de Frank Stilwell. Toutefois, Wyatt demeura tout l'été à un camp situé juste de l'autre côté de la frontière au Colorado, espérant obtenir un pardon pour ensuite retourner dans le Cochise County récupérer ses affaires.

Le corps de Johnny Ringo fut retrouvé le 14 juillet 1882 dans le Turkey Creek Canyon. Il était en position assise contre un arbre, le chapeau sur le front, une balle dans la tête. Wyatt affirma plus tard avoir tué Ringo alors qu'une autre version veut que ce soit Doc qui est venu mettre un terme à sa dispute avec le roi des Rustlers. Toutefois, la plupart des historiens maintiennent aujourd'hui que le mystérieux et complexe Ringo s'est suicidé.

En 1886, les mines d'argent de Tombstone furent inondées. Comme on ne possédait pas la technologie et l'outillage pour récupérer l'argent au fond de ces mines englouties, les gens désertèrent peu à peu la ville. De nos jours, la technologie et la machinerie permettraient de récupérer ce qui a été perdu, mais le prix de l'argent n'est pas assez élevé pour rentabiliser les opérations.

Durant quelques décennies, Tombstone est presque demeurée une ville abandonnée, oubliée. C'est grâce à l'industrie du cinéma si, au cours des années 1950, la ville a connu une renaissance. En fait, les bâtiments originaux existaient encore. Le Bird Cage Theatre, le Crystal Palace Saloon et plusieurs autres établissements du genre avaient résisté au temps de façon incroyable. À défaut d'être envahie par les mineurs, les gamblers ou les bandits, Tombstone se mit alors à attirer des nombres records de touristes.

À l'entrée de la ville, située au sein d'un décor splendide du désert du sud de l'Arizona, vous pouvez visiter le célèbre cimetière Boot Hill qui, en passant, est beaucoup plus authentique que celui de Dodge City. Vous pourrez y retrouver le dernier repos des victimes de la fusillade de O.K. Corral, de même que d'autres personnages colorés de l'Ouest. Entre autres, c'est là que repose également le Marshal Fred White, victime de Curly Bill. On y retrouve aussi John Heath, lynché par une bande de citoyens en colère à Bisbee et un dénommé Dunlap, abattu par l'homme de loi Jeff Milton. L'admission au Boot Hill est gratuite, mais pour s'y rendre il faut d'abord traversé une boutique souvenirs.

Les épitaphes sont uniquement fabriquées de hautes plaques de bois peintes en blanc d'environ un pouce d'épaisseur. Au moins deux d'entre elles sont teintées d'un humour noir. On peut lire sur l'une d'elles : « Here lies Lester Moore, four slugs from a 44, no less no more » (ici repose Lester Moore, quatre balles de .44, rien de plus rien de mois). Mais la plus amusante est sans contredit celle où on peut lire : « Here lies George Johnson hanged by mistake 1882. He was right, we was wrong, but we strung him up and now he's gone » (ici repose George Johnson, pendu par erreur en 1882. Il avait raison, nous avions tort, mais nous l'avons pendu et maintenant il est parti).

Si je dois donner une note parfaite à la ville de Tombstone, je la dois à sa propreté et à son atmosphère détendue. Malheureusement, on permet aux automobiles de circuler sur les artères historiques comme Allen Street, ce qui gâche un peu l'ambiance à mon avis. Mais à part cette note négative, ajoutée à l'aspect commercial de l'endroit, j'ai grandement apprécié ma visite dans la petite ville que les gens de la place appellent eux-mêmes « The town too tough to die » (la ville trop coriace pour mourir).

À Tombstone, vous pourrez aussi déguster un délicieux repas ou une bière fraîche à l'intérieur du Big Nose Kate Saloon, nommé en l'honneur de la célèbre concubine de Doc Holliday. Il s'agit d'un vrai saloon aux allures d'autrefois avec de superbes serveuses costumées à la mode des années 1880 qui viennent vous servir aux tables. Pour y entrer, il faut d'abord pousser les énormes portes battantes devenues si légendaires au cinéma.

Bien sûr, vous pourrez également emprunter le même trajet que les frères Earp et Holliday en cette chaude après-midi du 26 octobre 1881 et visiter ensuite le site où s'est réellement déroulé la fusillade. Toutefois, la maison Harwood, qui délimitait l'un des côtés du petit terrain vacant, n'existe plus, mais le studio du photographe Camillus Fly est toujours ouvert aux touristes.

Le monument culte de la ville est sans contredit le Bird Cage Theatre qui a conservé son apparence d'antan. Tous les objets se trouvant à l'intérieur datent de 1881 ou 1882. Lors de sa fermeture en 1889, l'établissement avait été placardé avec ses reliques et sa décoration originale. Ce bijou historique demeura inviolé jusqu'à ce qu'on décide de l'ouvrir aux touristes, quelques décennies plus tard. Cela fait donc du Bird Cage Theatre un endroit remarquablement bien conservé et très intéressant pour les amateurs de l'histoire. Évidemment, on n'y présente plus de spectacle pour ne pas y abîmer les reliques. Quand j'ai demandé au vieil homme responsable de la section du saloon de la bâtisse si les trous de balles se trouvaient encore dans le plafond du Bird Cage, il m'a répondu par l'affirmative. En fait, il y a toujours 142 trous de balles témoignant du passage de cow-boys et autres spectateurs turbulents de

l'époque, m'a-t-il dit. Il a même renchérit en précisant que 26 personnes, incluant des femmes, ont trouvé la mort à l'intérieur du célèbre théâtre.

À Tombstone, vous pouvez aussi visiter et boire une bière fraîche à l'intérieur du très élégant Crystal Palace Saloon, un établissement considéré comme l'un des meilleurs du genre dans l'Ouest au cours des années 1880.

Finalement, vous pourrez vous plonger dans l'ambiance des conflits de l'époque entre les Earp et les Rustlers en pénétrant dans la bâtisse original du Tombstone Daily Epitaph, un journal républicain créé par l'ami des Earp, John P. Clum, le 1er mai 1880. Ce journal est encore publié mais il est maintenant devenu un mensuel historique.

Une dame de Tombstone m'a raconté qu'il faisait bon vivre dans cette ville. Bien que les nombreux personnages costumés déambulant dans les rues transportent sur eux de véritables armes à feu chargées à bloc, l'ambiance n'a rien à voir avec le climat de terreur qui régnait à l'époque à cause de la présence envahissante des Cowboys. À Tombstone, c'est encore le revolver qui fait la loi. Cependant, il est intéressant de voir de vrais policiers croiser des hommes personnifiant Holliday ou les Earp, comme quoi les représentants de l'ordre ont beaucoup changés depuis. Mais rassurez-vous, l'atmosphère est très agréable et détendue. À plusieurs reprises au cours de la journée on entend les coups de feu des acteurs qui reconstituent la fusillade de O.K. Corral au grand plaisir des touristes.

En 1994, le film à succès « Tombstone » relançait la légende de plus belle. Malgré quelques erreurs historiques, le film décrivait assez bien l'atmosphère qui pouvait régner dans les rues de la ville en 1881 et redonnait aux touristes un nouvel intérêt pour visiter la petite ville du sud de l'Arizona. Comme quoi la saga de Tombstone n'est pas prête de s'éteindre.
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MessageSujet: Re: La saga de Tombstone par Eric Veillette   Aujourd'hui à 16:19

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La saga de Tombstone par Eric Veillette
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